Affaire bollore ou le coup de mer qui enliserait alpha conde

Alpha Condé, pendant qu’il était encore simple candidat à la magistrature suprême du pays, adorait clamer : « parmi les candidats en liste  pour cette élection présidentielle, je suis le plus disposé à prendre en main les destinées de la guinée ».

Sans vouloir en abuser, de bonnes raisons soutenaient cette affirmation du candidat CONDE à l’époque. parmi celles-ci, on pourrait noter :

–   Son statut d’opposant historique ;

–   La force de sa conviction et de sa constance politique pendant plus de quarante ans de lutte ;

–   Candidat aux ‘’mains propres’’ et donc plus apte à opérer des changements profonds dont la gouvernance du pays avait inexorablement besoin ;

–   Son carnet d’adresse composé entre autres de gros noms dont : Tony Blair (ex premier ministre britannique), Georges Soros (milliardaire juif), Vincent Bolloré (milliardaire français, président du ‘’Groupe Bolloré et Vivendi’’ puis magnat des affaires en Afrique) disposant de ressources nécessaires pour l’effectivité des grands projets qui sommeillaient dans le tiroir des cadres véreux de l’administration guinéenne depuis des décennies ; pour ne citer que ceux-ci.

En réalité, de toutes ces raisons, les deux dernières plaçaient le candidat Alpha CONDE dans une position proéminente et il faut le reconnaitre, elles ont largement contribué à son élection comme président de la république en 2010.

Naturellement, tous les guinéens s’attendait à de grosses reformes à la fois difficile à supporter mais nécessaires pour la survie de l’Etat en ce sens que, nul ne pouvait ignorer la pesanteur de cette phrase du président nouvellement élu, verbatim : « J’ai hérité d’un pays et non d’un Etat » , chose qui illustrait éloquemment la complexité de la réalité guinéenne.

C’est ainsi que, sans être étonné, l’on a assisté à de véritables séismes dans le monde des affaires en Guinée notamment avec l’annulation de plusieurs concessions minières dont la plus célèbre fut ‘’l’affaire BSGR’’ avec des ramifications spectaculaires tant sur le plan national (tentative d’assassinat du président Alpha CONDE) qu’international (guerre entre deux dinosaures de la finance mondiale : Beny Steinmetz et Georges Soros).

Parallèlement aux mines, le président CONDE continuait à défaire tout ce que ces prédécesseurs ont réussi à instituer, cela dans tous les domaines jutés de l’Etat, pour cause de non-respect des lois guinéennes, disait-il. C’est dans ce cadre que, dans le domaine portuaire également, la société GETMA filiale du groupe NECOTRANS (entreprise française et concurrente du groupe Bolloré en Afrique) s’est vue, par décret présidentiel (inadmissible au regard de la loi), retirée son contrat de gestion du terminal à conteneur du port autonome de Conakry au profit de Vincent Bolloré ‘’ami’’ d’Alpha CONDE ; juste quelques mois après l’installation de ce dernier à la tête de la Guinée.

Au regard des intérêts en jeu, ces réformes engagées par la gouvernance CONDE ont pendant longtemps, défrayé la chronique à travers une guerre de communication titanesque enchevêtrée dans de véritables feuilletons politico-judiciaires aux termes desquels, l’Etat guinéen est sorti globalement gagnant.

Pour le commun des mortels, ces différentes affaires intégraient tout de go, les objectifs que s’est assigné le président CONDE envue de redresser son pays à l’effet d’extraire ce dernier des entrailles de criminels économiques insatiables.

A l’époque, nul n’accordait de crédits à ceux qui doutaient de la bonne foi du gouvernement guinéen, l’opinion louait incontestablement ces actes extrêmement courageux du président Alpha CONDE qui, contre vents et marrées, osaient s’attaquer tout seul aux gourous de la finance mondiale. Sur ce prisme, il faut peut-être rappeler qu’il est souvent commun aux hommes de vouloir défendre le pauvre contre le riche, le faible contre le fort ; tel le mythe David contre Goliath. Chose qui, bien entendu, a fortement enjolivé la stature du président guinéen à l’échelle internationale comme véritable rempart contre la corruption en Afrique.

Malheureusement, magnats de la communication aidant accompagnés d’une rhétorique taillée à l’aune des besoins du guinéen, la pression était telle que, l’opinion ne pouvait se permettre d’envisager que, derrière ces actions du président CONDE et de son gouvernement, il se trouverait une main invisible qui attend, sans même osciller, son ‘’retour sur investissement’’.

Selon un adage de chez nous : « Nul ne peut cacher le soleil avec ses mains ».

Contre toute attente, en dépit de la foisonnance des sujets à débattre, l’opinion guinéenne est, depuis le mardi dernier, relativement submergée par un dossier pour du moins pas très étonnant. Il s’agit de la mise en examen du richissime homme d’affaires français Vincent Bolloré.

http://mobile.lemonde.fr/societe/article/2018/04/24/ports-africains-vincent-bollore-en-garde-a-vue_5289749_3224.html?xtref=http://m.facebook.com/

En effet, selon nos confrères du journal Monde, à l’issue de sa garde à vue, M. Bolloré a été déféré devant les juges d’instruction français. Il est accusé de « Corruption d’agents publics étrangers » et autres charges qui restent à préciser.

Il est davantage établi que la campagne présidentielle de 2010 du candidat Alpha CONDE (pour rappel M. CONDE fut troisième au premier tour avec seulement 18% des voix et président élu avec à peu près 52% des voix au second tour), aurait été financé par Vincent Bolloré via le truchement de son groupe de communication Havas. Chaque jour, des preuves à charge remontent aux juges d’instruction français selon toujours le Monde.fr

Sur le plan national, des langues très proches du dossier commencent à se délier.

En effet, l’homme d’affaires Mamadou SYLLA (ex président du patronat guinéen)  a confié tout récemment chez nos confrères de Africaguinee.com qu’ »il serait prêt à témoigner dans l’affaire si la justice française lui en fait la demande’’.

A ce jour, selon nos confrères du journal Monde et Challenges, les informations se préciseraient davantage chaque jour et l’étau se resserrerait de plus en plus autour du milliardaire breton.

Pendant ce temps, aucune autorité compétente de la guinée n’a condamné encore moins ouvert une quelconque enquête en faveur de la vérité dans cette affaire qui, sans aucun doute aurait des implications politiques énormes pour notre pays ; toute proportion gardée.

En fait, ce dossier entache déjà assez sérieusement l’image du président guinéen qui, ne pourrait plus user des stratagèmes qui faisaient de lui ‘’l’homme providentiel’’ pour la Guinée. Curieusement, il n’en a pas conscience. En effet, au printemps 2016, l’homme fort de Sekhoutoureyah semblait assez confiant d’avoir donné le port de Conakry par décret présidentiel au groupe Bolloré en 2011 ; interrogé par le journal Monde, il répondit : « Bolloré remplissait toutes les conditions d’appels d’offres. En plus, c’est un ami, je privilégie les amis. Et alors ?»

‘’Et alors ?’’ cette question était-ce pour les français ou pour les guinéens ?

Chemin faisant, deux ans plus tard, les français lui ont remarquablement répondu. La question de la justice guinéenne quant à elle, ne se pose plus car malheureusement, on s’accommode de plus en plus avec ceux qui attestent ridiculement : « La corruption est consubstantielle aux Etats africains ».

En tout état de cause, si les charges retenues contre le milliardaire français restent avérées après le procès (s’il a lieu), tous les projets et velléités à court ou moyen terme du président guinéen s’enliserait dans ce coup de mer au grand dam de tous les oligarques et gangsters politico-économiques qui tourbillonnent autour du pays.

CHERINGAN

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