Guinée : les exploitants de wi-fi zone réclament un encadrement légal de leur activité

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A peine créée le 19 avril 2026, l’Union nationale des exploitants de Wi-Fi Zone de Guinée (UNEWIZ) entend déjà peser dans le débat sur l’accès à Internet. Forte de plus de mille membres revendiqués sur l’ensemble du territoire, la structure a interpellé, samedi 25 avril 2025, les autorités, appelant à la mise en place urgente d’un cadre réglementaire pour encadrer le secteur.

Cette sortie intervient après le communiqué du 30 mars dernier de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT), qui indiquait que l’activité de Wi-Fi Zone n’était pas autorisée en Guinée. Une position que l’UNEWIZ souhaite voir évoluer au profit d’une régularisation.

Prenant la parole au nom de l’organisation, sa porte-parole, Mme Bah Kadiatou Loulou Diallo, a mis en avant le rôle social des Wi-Fi Zones, particulièrement dans les zones urbaines défavorisées.

« Il est 20 heures ce soir à Kipé, à Nongo, à Matoto, à Cosa. Un étudiant en banlieue de Conakry ouvre son téléphone. Il veut suivre un cours de mathématiques sur YouTube pour préparer son examen. Un seul gigaoctet de data mobile coûte 14 000 francs guinéens. Son père ne peut pas se le permettre. Alors que fait cet étudiant ? Il marche cinq minutes jusqu’au Wi-Fi Zone de son quartier. Il paie 5 000 francs. Et pendant 24 heures, il a accès illimité à Internet », a-t-elle illustré.

Pour l’organisation, ces espaces dépassent largement le cadre d’une simple activité commerciale. Ils constituent, selon elle, un outil d’inclusion numérique pour plusieurs catégories socioprofessionnelles.

« Ce n’est pas un luxe. Ce n’est pas un caprice. C’est le pont entre nos jeunes et le savoir mondial », a soutenu Mme Diallo.

Sur le plan économique, l’UNEWIZ avance des chiffres qu’elle juge significatifs : plus de 1 500 exploitants recensés à l’échelle nationale, environ 10 000 emplois directs et indirects générés, et des investissements individuels oscillant entre 7 et 30 millions de francs guinéens.

« Nous ne sommes pas un problème. Nous sommes une solution que l’État n’a pas eu à financer », a insisté la porte-parole.

L’un des principaux arguments de l’organisation repose sur le manque à gagner fiscal lié à l’absence de réglementation.

« Aujourd’hui, combien l’État perçoit-il sur l’activité des Wi-Fi Zones ? Zéro. Pas un seul franc guinéen. Pas parce que nous refusons de payer, mais parce qu’il n’existe aucun cadre pour le faire », a-t-elle expliqué, estimant qu’une redevance de 2 à 5 % pourrait générer plusieurs milliards de francs guinéens par an.

L’UNEWIZ s’appuie également sur des exemples observés dans certains pays de la sous-région, comme le Bénin, le Togo ou le Niger, où des dispositifs de régularisation ont été privilégiés à une interdiction.

Dans un message adressé au président de la transition, Mamadi Doumbouya, l’organisation a tenu à souligner l’engagement des jeunes entrepreneurs du secteur.

« Nous sommes vos enfants. Nous sommes les jeunes de ce pays qui ne sont pas partis, qui n’ont pas pris la pirogue, qui ont choisi de rester ici, d’investir ici, de créer des emplois ici », a déclaré Mme Diallo.

Kadiatou Loulou Diallo d’ajouter: ’’Nous ne vous demandons pas de l’argent. Nous ne vous demandons pas de privilèges. Nous vous demandons simplement un cadre’’.

Parmi les propositions formulées figurent l’organisation d’une audience avec l’ARPT, le lancement d’un recensement national des exploitants, une affiliation à la CNTG et la mise en place d’outils de gestion permettant d’assurer la traçabilité et la fiscalisation de l’activité.

« Nous ne demandons pas le chaos. Nous demandons l’ordre. L’ordre de jeunes entrepreneurs qui veulent construire, pas détruire », a conclu la porte-parole.

A travers cette démarche, l’UNEWIZ espère ouvrir un dialogue avec les autorités afin d’éviter une éventuelle fermeture du secteur, qu’elle considère comme un maillon essentiel de l’accès au numérique en Guinée.

Alpha Binta Diallo

 

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