Crief : le dg de la pharmacie centrale de guinée et neuf autres responsables placés sous mandat de dépôt

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L e directeur général de la Pharmacie centrale de Guinée (PCG-SA), Labilé Sagno, et neuf autres responsables ont été placés sous mandat de dépôt ce jeudi 29 octobre 2026. Le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) a pris cette décision dans le cadre d’une enquête sur la gestion de cette société publique.

Les investigations portent sur de présumées irrégularités financières, des marchés publics et la gestion des stocks de médicaments.

Les personnes mises en cause occupent ou ont occupé plusieurs postes au sein de la PCG-SA. Elles viennent notamment de la direction générale, des finances, des approvisionnements, de la production et du contrôle interne.

Outre Labilé Sagno, la liste comprend Bakary Camara, économiste et chef du département du capital humain ; Dramadou Condé, comptable ; Himy Touré, chef du département de la production ; Néné Issa Diallo, du département assurance et qualité ; Bangaly Mara, chargé des approvisionnements pharmaceutiques ; Mame Étien Donamou, directeur financier et comptable ; Saloum Condé, directeur des opérations ; Bakary Tambadouno, auditeur interne ; Adama Bakary Keita, directeur général adjoint ; et Kadiatou Dème, responsable des marchés publics.

Cette mesure intervient après plusieurs semaines d’investigations sur la gestion de cette société publique. La PCG-SA assure l’approvisionnement en médicaments et en produits de santé.

Des investigations déclenchées après un signalement de l’ANLC-PBG

À l’origine de cette procédure figure une dénonciation de l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance (ANLC-PBG). L’agence avait signalé plusieurs anomalies financières, comptables et opérationnelles au sein de la PCG-SA.

Le 14 octobre 2026, le procureur spécial près la CRIEF, Alphonse Charles Wright, avait demandé à l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF) d’approfondir les investigations.

Les faits examinés concernent notamment de présumés détournements de deniers publics. Ils portent également sur des irrégularités dans les marchés publics et des défaillances dans la gestion des stocks pharmaceutiques.

Une perte nette de 100,68 milliards GNF en 2025

La situation financière de la Pharmacie centrale figure parmi les principaux points examinés par les enquêteurs.

Selon les données mentionnées dans l’instruction du procureur spécial, la société aurait enregistré une perte nette de 100,68 milliards de francs guinéens en 2025. En 2024, elle avait pourtant réalisé un bénéfice de 2,8 milliards GNF.

Cette dégradation serait notamment liée à une marge commerciale négative de 62,23 milliards GNF. La péremption et la détérioration d’importants stocks de médicaments figurent également parmi les facteurs évoqués.

Un inventaire réalisé par l’ANLC-PBG entre le 15 février et le 17 mars 2026 aurait révélé des produits périmés ou détériorés. Leur valeur atteindrait 85,67 milliards GNF au prix de vente.

De son côté, le rapport de gestion de la société aurait évalué ces produits à 47,3 milliards GNF.

Cet écart de valorisation constitue un autre point à éclaircir. La kétamine représenterait, à elle seule, 24,15 milliards GNF. Ce montant correspondrait à 28,2 % des pertes liées à la péremption et à la détérioration des produits.

Plusieurs marchés publics dans le viseur des enquêteurs

Les conditions d’attribution de certains marchés publics font également partie des investigations.

D’après les éléments rapportés dans l’instruction du 14 octobre, la PCG-SA aurait acquis des médicaments et des dispositifs médicaux entre 2021 et 2022. Ces acquisitions auraient été réalisées par des marchés de gré à gré, sans mise en concurrence suffisante ni autorisation préalable requise.

Cinq fournisseurs sont cités dans le dossier : Kinapharma, Pharmanova, Nazounki, Entrance et Medinex. Ils sont notamment concernés par des livraisons de produits périmés entre 2022 et 2023.

Les enquêteurs doivent vérifier les conditions d’attribution des marchés. Ils devront aussi examiner les quantités commandées et les produits effectivement réceptionnés.

Un autre contrat figure parmi les opérations à examiner. Il concerne la construction et la rénovation d’un entrepôt à Boké, pour près de 8,9 milliards GNF. Des soupçons de surfacturation auraient été signalés dans le cadre de cette opération.

Des anomalies relevées dans la gestion des médicaments

Les investigations concernent également le stockage et la traçabilité des produits pharmaceutiques.

Selon les constats attribués à l’ANLC-PBG, plusieurs insuffisances auraient été relevées. Elles concernent notamment des différences entre les numéros de lots inscrits dans les documents et ceux constatés physiquement.

Les enquêteurs ont également signalé l’absence de certaines fiches de stock. Des transferts de produits auraient aussi été effectués sans documentation suffisante.

Les conditions de conservation des médicaments font également l’objet de vérifications. Des produits périmés auraient été conservés dans les mêmes magasins que des médicaments encore valides.

À Manéah, certains stocks périmés auraient même été entreposés à l’air libre avant leur incinération.

Sur le plan financier, la PCG-SA détiendrait une créance de 46,6 milliards GNF sur le ministère de la Santé. Le délai moyen de règlement de ses fournisseurs aurait, quant à lui, dépassé 1 000 jours en 2025, contre 567 jours en 2024.

La CRIEF doit établir les responsabilités

Dans son instruction adressée à l’ORDEF, le procureur spécial avait demandé des vérifications complémentaires sur plusieurs documents. Il s’agit notamment des contrats, des bons de commande et des procès-verbaux de réception.

Les enquêteurs doivent également examiner les pièces comptables et les registres de stocks.

Ces investigations doivent permettre de déterminer les circonstances des pertes enregistrées par la société. Elles devront aussi établir l’existence éventuelle d’infractions pénales.

Le placement sous mandat de dépôt de Labilé Sagno et des autres responsables marque une nouvelle étape de cette procédure judiciaire. Les investigations devront préciser le rôle et le niveau de responsabilité de chaque personne concernée.

Toutefois, les personnes mises en cause bénéficient de la présomption d’innocence jusqu’à une éventuelle condamnation définitive.

La rédaction

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