D epuis plusieurs semaines, les utilisateurs d’Orange Money à Conakry comme à l’intérieur du pays font face à d’énormes difficultés pour retirer leurs fonds auprès des kiosques partenaires.
Cette situation s’est accentuée durant le mois de Ramadan et du Carême, période marquée par une forte hausse de la demande en espèces.
Sur le terrain, agents et clients décrivent un système de plus en plus fragilisé par la rareté des liquidités.
Abdoulaye Djibril Diallo, agent de retrait dans le quartier de Matam, pointe du doigt l’insuffisance de fonds disponibles auprès des banques commerciales.
« Le problème dure depuis des mois, mais le Ramadan a multiplié la demande par deux. Nous n’arrivons plus à approvisionner nos caisses. Les clients nous accusent de refuser de les servir, alors que nous épuisons nos stocks en quelques heures », explique-t-il.
Pour lui, seule une meilleure coordination entre les institutions financières pourrait permettre de sortir de cette impasse.
« Le gouvernement doit intervenir pour restaurer la fluidité entre la Banque centrale et les banques commerciales afin que nous puissions opérer normalement », insiste-t-il.
Issa Bah, un autre agent basé à Dixinn, confirme les difficultés qu’ils rencontrent à longueur de journée.
« Cela fait près de six mois que les ruptures de liquidités nous handicapent, et ce mois-ci c’est l’impasse totale. Sans cash, pas de service. Nos revenus chutent drastiquement », regrette-t-il.
Au-delà du problème immédiat, certains acteurs s’inquiètent des limites que cette situation pourrait imposer au développement de la monnaie électronique.
« Beaucoup vantent ce système ( monnaie électronique, ndlr), mais des millions de guinéens n’ont ni téléphone ni compte. Si rien ne change, son expansion risque d’être freinée », alerte-t-il.
Les consommateurs appellent à des mesures urgentes
Du côté des organisations de défense des consommateurs, l’inquiétude est également palpable.
L’Union des Consommateurs de Guinée (UCG) s’est récemment exprimée sur la crise de liquidités qui affecte plusieurs services financiers, y compris les transactions de monnaie électronique.
Dans un communiqué, l’organisation appelle les autorités à agir rapidement pour éviter que la situation ne dégénère et déplore la propagation de rumeurs accusant certains groupes d’être responsables de la pénurie.
L’UCG met en garde contre ces accusations qu’elle qualifie de” fausses informations” susceptibles d’alimenter des tensions sociales.
Par ailleurs, d’autres organisations de défense des consommateurs estiment que la crise actuelle souligne la nécessité de renforcer la régulation du secteur et la protection des usagers dans les services financiers et de monnaie électronique. Elles appellent notamment à une meilleure transparence des frais et à des mécanismes garantissant l’accès effectif aux fonds des clients.
Les acteurs de la monnaie électronique dénoncent une crise structurelle
Du côté des professionnels du secteur, le ton est également préoccupant. Le secrétaire général du Syndicat des Acteurs de la Monnaie Électronique de Guinée (SAMEL), Amadou Yéro Diallo, affirme que les points de vente subissent de plein fouet la crise de liquidités.
Selon lui, plusieurs agents se retrouvent dans une situation proche du chômage technique faute de cash pour effectuer les retraits.
« Nous avons rencontré la Banque centrale et d’autres institutions, mais nous n’avons pas encore obtenu de réponse satisfaisante », a-t-il indiqué, précisant que des discussions sont en cours pour trouver une solution durable.
Le syndicat indique toutefois que la Banque centrale aurait envisagé d’injecter environ 30 milliards de francs guinéens par semaine afin de soutenir les points de vente et rétablir la circulation des espèces.
Des usagers contraints de multiplier les démarches
En attendant une amélioration, les usagers continuent de parcourir plusieurs points de retrait sans succès.
Fatoumata Diallo, rencontrée à Ratoma, raconte avoir fait plusieurs boutiques pour retirer 300 000 francs guinéens.
« J’ai fait cinq kiosques sans succès. Cela fait des semaines que c’est la galère. Les autorités doivent agir vite », lance-t-elle.
Sékouba Traoré évoque également une attente interminable.
« Mardi je voulais retirer 600 000 francs. Mercredi j’en ai obtenu seulement 250 000 après plusieurs heures de marche, et aujourd’hui je cherche encore le reste », explique-t-il.
A Sonfonia, Aïssatou Barry dit avoir visité sept points de retrait sans parvenir à récupérer son argent.
« Avec les fêtes qui approchent, c’est dramatique », affirme-t-elle.
Face à cette crise, agents, syndicats et organisations de consommateurs convergent sur la nécessité d’une intervention rapide des autorités monétaires pour rétablir la circulation du cash et préserver la confiance dans les services de monnaie électronique en Guinée.
Alpha Binta Diallo


