Guinée : les partis politiques sont-ils démocratiques ?

L’une des bases de la démocratie est l’alternance au pouvoir politique. A l’heure où les sirènes révisionnistes se sont mises en marche, il est plus qu’important de faire un diagnostic des partis politiques d’opposition qui clament haut et fort incarner l’alternative après 2020.

Nos partis politiques sont-ils démocratiques ? Cette question devrait tarauder tous les guinéens soucieux de maintenir une démocratie forte et dynamique dans un pays malmené par plus d’un demi-siècle de dictature.

Naturellement et au vu de notre constitution, la réponse devrait venir des formations politiques à qui il est conféré la conquête et la gestion du pouvoir politique. Mais la déception s’abat tout de suite sur l’observateur dans la mesure où les principales formations politiques promeuvent tout sauf l’alternance à leur sommet qui est pourtant un indicateur puissant de l’encrage démocratique. Il ne sert à rien d’invectiver et de tirer à boulet rouge sur un adversaire si vous emprunter les mêmes chemins interdits en démocratie qu’eux. Or il n’est de secret pour personne que les principaux partis d’opposition que sont l’UFDG, l’UFR, PEDN et autres brillent par l’absence d’alternance à leur sommet. Voyons les cas des deux premiers.

  1. L’UFR

Crée en 1992, le parti élit à sa tête le 20 mai 2000 Sidya Touré, alors fraichement débarqué de la primature par le président Lansana Conté. Et depuis…rien de nouveau au sommet de l’UFR. La même tête, la même silhouette et surtout la même…«Solution.» Apres 18 ans en qualité de président du parti, c’est lui qui est le candidat de l’UFR aux présidentielles de 2010 et cinq années plus tard, le même scénario se répète. Comme si le président du parti était le seul capable de porter haut les couleurs, les valeurs et le projet de l’UFR à toutes les élections d’envergures nationales. Aujourd’hui encore, le parti se confond à sa personne et ses choix stratégiques s’imposent à l’entité qu’il dirige. Le cas le plus emblématique fut son alliance avec l’UFDG de Cellou Dalein DIALLO pour le second tour de la présidentielle de 2010. D’abord, de par la nature même de cette alliance et en partant du contexte de l’époque, tout portait à croire que la base n’a pas été consultée à ce sujet. Au lendemain de la signature de l’alliance, de nombreux militants de l’UFR à Conakry, ont brandi sur des banderoles et sur des murs, des slogans hostiles à l’ endroit de leur parti. En 2015, après le coup K.O, Sidya Touré,  s’engage dans un mariage insensé avec la mouvance alors même que les recours déposés à la justice par son parti pour le contentieux électoral n’ont pas été vidés. Il en sortira haut représentant du Chef de l’Etat. Aujourd’hui, l’autoritarisme et la surestime que Sidya a de lui-même ont mené la troisième force politique du pays dans l’abime. En attendant de décoder la COD (Convergence de l’opposition démocratique), les militants déçus et désabusés ne savent plus à quel bord se situe leur parti.

  1. L’UFDG,

La deuxième force politique du pays n’est pas exempte de tout reproche quand il s’agit de transparence et surtout de démocratie. Comme sa rivale, l’UFDG peine à faire émerger une véritable culture démocratique et d’alternance en son sein. Après la démission du doyen Bah Mamadou, Cellou Dalein Diallo est «intronisé» président du parti le 15 novembre 2007. Et depuis, l’homme a mis une main forte sur tout l’appareil UFDG et ses décisions passent sans véritables résistances. A la faveur du divorce entre lui et son ancien vice-président Bah Oury, les proches de ce dernier avaient alors dénoncé un pouvoir écrasant de Cellou sur les instances de décision du parti. Candidat «naturel» de l’UFDG aux présidentielles de 2010 et 2015 et candidat malheureux à ces deux échéances, il est toujours «sollicité» pour 2020 comme s’il était la seule ressource valable dont dispose le parti. Une différence de taille pourtant distingue l’UFDG de l’UFR. Le parti de Cellou organise des congrès dont le dernier remonte à 2015. Sauf que les résultats du congrès sont connus bien avant la fin des activités. Le président ne change pas. Une élection dont l’issue est connue d’avance est organisée pour donner une certaine légitimité au futur président. Pire, un véritable culte de la personnalité est créé et entretenu par les instances du parti. Tandis que les mauvais choix stratégiques de monsieur Diallo enfonce l’UFDG dans la violation des lois et l’éloigne de toutes les valeurs qu’elle prétend officiellement défendre. Pour ses militants, Cellou Dalein est un saint. Un intouchable, un messie dont toutes les décisions sont les bienvenues. Certains militants, devenus fanatiques, poussent le bouchon jusqu’aux agressions verbales ou physiques à l’ endroit de quiconque critiquerait ouvertement le président Cellou. En 2018, un journaliste d’une émission de grande écoute en avait fait les frais devant le siège du parti. Pendant les AG de l’UFDG, s’il vous arrive de prononcer directement le nom du président Cellou sans ajouter le titre d’Elhadj, des centaines de regards nerveux vous fixent comme pour demander de corriger votre crime de lèse-majesté. Ce comportement de certains militants est révélateur du manque criard de formation au civisme et à la citoyenneté dans ce grand parti de notre Guinée.

Ce constat amer est pratiquement la même dans la plupart des formations politiques de notre pays. Pour l’instant, difficile de trouver un parti où les citoyens militent par conviction ou par le projet de société de celui-ci.

En Guinée, le fondateur d’un parti en est de facto le président et le candidat naturel à toutes les élections nationales. Il en est aussi le bailleur et le gestionnaire.

Dans un pays où la démocratie est à ses balbutiements, il est important que le regard citoyen soit critique aussi bien sur la gouvernance du parti au pouvoir, mais aussi sur la gestion des partis d’opposition qui incarnent normalement l’alternance et la rupture.

A défaut, nous devons sérieusement nous questionner sur la survie de la démocratie dans notre pays.

Alpha Oumar DIALLO

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