Fermeture des radios et télés privées : le cri de cœur des patrons de presse

Les radios et télévisions privées sont sommées par l’Etat à payer les redevances qu’elles ont accumulées ces dernières années. Certaines parmi elles restent devoir  près de 100 millions de francs guinéens à l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT). Ce qui a poussé l’Etat à fermer celles qui ne sont pas en règle. Toutefois, les promoteurs de ces médias audiovisuels formulent une doléance auprès de l’Etat en arguant que ces arriérées de redevances ne sont pas accumulées expressément.  Newsguinee.info leurs a donné la parole. Voici ce qu’ils en disent !

Talibé Barry est directeur général   du Groupe de Presse ‘’République-City FM’’. M. Barry parle d’une ‘’belle coïncidence’’, estimant que l’accumulation de ses arriérées de redevances est due à la succession des évènements: 

«Une belle coïncidence puisque, comme vous le savez,  les redevances qu’on réclame, en terme notamment d’arriéré, se sont accumulées depuis des années (…) Il faut rappeler qu’en 2015, une entente tripartite avait été trouvée, entre l’URTELGUI (Union des Radios et Télévisions Libres de Guinée, Ndlr) ,  le porte-parole du gouvernement et la HAC, pour que les redevances cumulées,  jusqu’en 2015, soient traitées sous forme d’échange de services, entre les radios et le gouvernement,  en aidant le gouvernement à communiquer sur certains aspects de son programme, de ses actions au profit des populations. Donc, quelque part, nous avons été surpris que cela soit de façon brutale réveillé, rappelé, réclamé, alors qu’un accord avait été trouvé dans ce sens. Lequel accord a été porté à la connaissance des radios et des télévisions par le Conseil National de la Communication à l’époque».

Poursuivant , M. Barry explique que cet accord n’avait pas été trouvé à la volée:

«Un document existait à cet effet. Lequel document avait été porté à la connaissance des associations de presse, notamment l’URTELGUI (Union des Radios et Télévisions Libres de Guinée), par la présidente du Conseil National de la Communication à l’époque. Donc, c’est de droit que les radios payent les redevances, mais que l’on ignore cet accord qui avait été passé, et qu’automatiquement, on impose aux radios de payer tout de suite toutes les arriérées sans leurs permettre d’avoir un échéancier . Et conséquence? Qu’on les ferme jusqu’à ce qu’elles s’acquittent de ses arriérées. C’est cette coïncidence troublante, en termes de décision précipitée, brutale… Et les derniers évènements que nous avons vécus, l’accusation portée par les structures de l’Etat sur certaines personnes contre Gangan comme étant la radio qui a divulgué l’information d’une prétendue mort du président de la République, la bastonnade des journalistes à l’éco3, avec l’arrestation et convocation des journalistes, tous ces évènements mis bout à bout nous amène à penser que cela obéit à un train de mesures dures prises contre les médias. Et,  jusqu’à ce que le contraire nous soit prouvé, c’est ça notre conviction».

«Alpha Condé a reconnu que la presse l’a soutenu.»

Cheick Sadibou N’Doye, directeur général de la radio Foten Golen, pense plutôt que le chef de l’Etat n’a jamais usé de fermeté dans ce sens  :

« Le président n’a pas dit mordicus qu’il faut que les radios payent les redevances. Si j’ai bien compris son message, il est question que lui, en tant que président de la République, accompagné naturellement de certains membres du gouvernement, qu’on s’asseye avec les responsables des radios et télévisions pour voir comment  est-ce que nous allons travailler sur de nouvelles bases. Il a déploré le fait que, tout dernièrement, la plupart des radios avaient tendu le micro à un syndicaliste qui avait été décrié. Et puisque nous voulons, et le gouvernement et nous les radios privées de façon particulière et la presse de façon générale, aller sur de nouvelles bases, le président a dit et réitéré qu’il n’a jamais été contre la presse. Il a même reconnu que la presse l’a soutenu pour être là où il est aujourd’hui. Donc, il est question que lui et nous, nous  nous asseyons pour essayer de trouver des solutions par rapport à cette fermeture des radios et aller sur de nouvelles bases  Je pense que tout dépend de la négociation que nous allons faire avec le président de la République».

Kalil Oularé : directeur général du groupe Hadafo medias reconnait que c’est difficile de contester le droit ou la règle:

«La règle est que toutes les radios doivent payer effectivement leurs redevances. Le chef de l’Etat étant ferme sur ce point, est peut-être dans ces droits. Mais, sauf que le chef de l’Etat, étant le président de tous les guinéens et qu’il est censé analyser et comprendre que, quand une situation se pose, il y a forcément une cause. Les radios n’ont pas fait exprès d’être dans cette situation. Cela est dû par une succession de fait qui vont de Dadis (Moussa Dadis Camara, ancien chef de la junte guinéenne, Ndlr) jusqu’à aujourd’hui. Ces faits nous les avons expliqués. Nous étions en négociation avec le gouvernement, des instructions avaient été données. Et nous, on n’a reçu en tant que l’URTELGUI, un courrier de la HAC (Haute Autorité de la Communication) qui nous avait dit qu’une partie de ces dettes faisait l’objet d’une négociation pour qu’on ait une contrepartie en échange de service avec le gouvernement. Le gouvernement a arrêté net cette négociation pour contraindre les médias à payer les redevances. Entre temps,  il y a eu de l’accumulation >>.

«Les choses n’ont pas été expliquées»

Et, à M. Oularé, d’en déduire :

«Donc, aujourd’hui, je pense que le président de la République prend une décision sur la règle mais n’a pas toute la situation pour pouvoir comprendre certainement d’abord l’état des radios. Et comprendre que sur cette question, nous avons un cadre qui nous permet d’aller à la négociation. Les choses n’ont pas été expliquées comme ça se doit au chef de l’Etat. Parce que, je suppose que si le chef de l’Etat sait que les premières dettes des radios n’ont pas été accumulées de leurs faits. Ces dettes ont été accumulées, parce qu’en  son temps, le président Dadis a dit aux radios de ne pas payer 25 millions, mais plutôt 5 millions. Et que, pendant deux ans, même trois, les radios ont payé 5 millions au lieu de 25. Les dettes qui se sont accumulées, se sont accumulées à partir de ce moment-là. Parce que quand le président Alpha Condé est venu au pouvoir l’ARPT (autorité de Régulation des Postes et Télécommunications) a demandé aux médias de payer non pas 5 millions, mais 25 millions. En prenant en compte le passif, donc chaque radio s’est retrouvée avec une dette d’à peu près 60 millions pour certains et jusqu’à 90 millions pour d’autres. Ce qui faisait des problèmes pour les radios qui avaient des difficultés de payer 25 millions».

Propos recueillis par Ben Youssef

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