L e Collectif des Personnes en Situation de Handicap Diplômées a animé une conférence de presse, jeudi 12 février 2026, pour parler de leur situation, a-t-on assisté.
Réuni autour du thème “Handicapés diplômés oubliés : nous voulons servir”, le mouvement a transformé une attente prolongée en interpellation directe des autorités, plaidant pour une insertion professionnelle effective au sein de la fonction publique.
Dans une déclaration à portée sociale, son président, Géant Vévé Koïvogui, a dénoncé ce qu’il qualifie de décalage entre les discours inclusifs et la réalité du marché de l’emploi.
Selon lui, la solidarité affichée à l’égard des personnes handicapées dans les espaces publics ne se traduit pas dans les politiques de recrutement.
« En dehors de l’emploi, quelle est la différence entre une personne handicapée et un mendiant ? », a-t-il lancé, posant une question volontairement provocatrice pour souligner le risque de marginalisation économique de nombreux diplômés.
Pour le collectif, l’exclusion professionnelle entretient une citoyenneté incomplète, où les droits formels peinent à se concrétiser.
Un cadre légal jugé insuffisamment appliqué
Les intervenants ont rappelé que la Guinée dispose aujourd’hui d’un arsenal juridique favorable à l’inclusion. Ils citent notamment la Convention 159 de l’Organisation internationale du travail (OIT) relative à la réadaptation professionnelle et à l’emploi des personnes handicapées, l’article 27 de la Constitution de 2025 garantissant le bien-être social, ainsi que la Loi 2025-020-CNT du 25 septembre 2025 consacrée à la protection des droits des personnes en situation de handicap.
Pour le collectif, ces textes constituent des engagements clairs de l’État. Toutefois, leur mise en œuvre reste, selon eux, en deçà des attentes.
Plus loin, les responsables du mouvement évoquent également une promesse ministérielle formulée en décembre 2024 concernant un recrutement par dérogation.
Cette pratique, disent-ils, déjà observée à plusieurs reprises par le passé ( en 2000, 2005, 2008 et 2019) n’a pas été concrétisée lors du dernier concours de la fonction publique.
Une revendication de droit, non de faveur
Au-delà des chiffres et des procédures administratives, le collectif inscrit sa démarche dans une logique de justice sociale. Les diplômés concernés affirment ne pas solliciter un traitement de faveur, mais l’application effective du principe d’égalité des chances.
En s’adressant explicitement au président de la République, Mamadi Doumbouya, et au Premier ministre Amadou Oury Bah, ils appellent à une décision politique qui reconnaît leur qualification et leur potentiel comme des atouts pour le développement national.
« Nous voulons servir », soutient le président dudit collectif.
Pour ces hommes et ces femmes, l’accès à l’emploi public représente bien plus qu’une stabilité financière, il s’agit d’un levier d’autonomie, d’une reconnaissance sociale et d’une participation pleine et entière à la vie de la nation.
Mettre l’humain au centre des politiques publiques
Derrière les revendications, il y a des trajectoires académiques accomplies dans des conditions souvent plus exigeantes que la moyenne.
Par ailleurs, le collectif rappelle que ses membres ont suivi les mêmes cursus universitaires, validé les mêmes diplômes et nourri les mêmes ambitions professionnelles que leurs pairs valides.
Ce plaidoyer pose ainsi une question fondamentale : comment transformer les engagements juridiques en opportunités concrètes ?
A l’heure où la gouvernance inclusive est régulièrement invoquée dans les discours officiels, la réponse des autorités à cette interpellation pourrait constituer un indicateur fort de la volonté de bâtir une administration véritablement représentative de toutes les composantes de la société guinéenne.
Bangaly Condé


