G uinée- Le président guinéen Mamadi Doumbouya a signé, vendredi 18 septembre 2026, le décret instituant le premier Recensement Général des Entreprises (RGE1) sur l’ensemble du territoire national.
Placée sous la tutelle du ministère du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, cette opération statistique d’envergure doit permettre à la Guinée de disposer, pour la première fois, d’une cartographie exhaustive de son tissu économique.
Une réponse à un déficit de données statistiques
Le lancement officiel de la campagne de terrain avait eu lieu la veille, jeudi 17 septembre, à Conakry, en présence du ministre du Plan Ismaël Nabé et de plusieurs représentants institutionnels et du secteur privé.
Selon le directeur général de l’Institut national de la statistique (INS), le RGE-1 est une opération statistique d’envergure nationale destinée à identifier, caractériser et géolocaliser les unités économiques formelles et informelles opérant en Guinée.
Les autorités justifient cette initiative par un constat de fragilité des données disponibles : la Guinée dispose encore de peu d’informations statistiques complètes et actualisées sur son tissu économique, une lacune qui, selon le ministre du Plan, limite les capacités d’analyse du système statistique national.
Le ministre de l’Industrie et du Commerce a par ailleurs illustré cette urgence en avançant un chiffre marquant : un taux de mortalité des entreprises guinéennes avoisinant les 75 %.
D’après le décret présidentiel, le RGE1 vise à produire des données fiables, actualisées et géolocalisées sur l’ensemble des unités économiques du pays, qu’elles relèvent du secteur formel ou informel.
Concrètement, l’opération doit permettre de :
- dénombrer et géolocaliser l’ensemble des entreprises installées sur le territoire ;
- constituer un répertoire national des entreprises à des fins statistiques ;
- évaluer l’emploi réel créé et les chiffres d’affaires générés au cours des trois dernières années ;
- recueillir l’avis des dirigeants d’entreprise sur le climat des affaires ;
- rénover les comptes nationaux à partir de données actualisées et rebasées.
Placée sous le thème « RGE-1, chaque entreprise compte, chaque information est utile », l’opération doit également faciliter les échanges avec les partenaires techniques et financiers du pays.
Un champ d’application précisément délimité
Le recensement couvre l’ensemble des unités économiques exerçant une activité marchande dans un local professionnel fixe, qu’il soit construit en brique, en tôle, en bois ou en terre cuite ainsi que les activités à ciel ouvert comme les garages, carrières ou menuiseries.
Les entreprises publiques à caractère marchand (EDG, SEG, CHU) et les institutions sans but lucratif (ONG, associations, syndicats, lieux de culte) entrent également dans le périmètre.
En revanche, plusieurs catégories en sont exclues : les commerçants ambulants et prestataires informels, l’agriculture et l’élevage informels, le transport informel (taxis, taxis-motos), les établissements publics à vocation non marchande (écoles, hôpitaux), les ministères et collectivités territoriales, ainsi que les entreprises nouvellement créées n’ayant pas encore démarré leur activité.
Un déploiement de terrain sur plusieurs mois
Une campagne de sensibilisation avait précédé le lancement, débutant fin août à Conakry avant de se déployer progressivement dans les régions.
Selon les autorités, l’opération mobilise environ 1 000 agents recenseurs déployés sur l’ensemble du territoire national pour une durée de deux à trois mois, selon les sources.
Le processus se déroule en six étapes : travaux préparatoires (outils de collecte, tablettes), sensibilisation des autorités locales et des chefs d’entreprise, recensement pilote, dénombrement général sur le terrain, traitement et analyse des données, puis publication des résultats préliminaires et finaux.
Gouvernance et financement
Le décret instaure une architecture de pilotage à plusieurs échelons. Au sommet, le Conseil National du RGE (CNRGE) est présidé par le Premier ministre, épaulé par le ministre du Plan comme premier vice-président et celui de l’Industrie et du Commerce comme second vice-président, aux côtés de plusieurs départements ministériels.
L’exécution opérationnelle revient au Bureau Technique de Recensement Général des Entreprises (BTR), sous la supervision du directeur général de l’INS.
Le financement de l’opération repose sur des dotations de l’État, des concours extérieurs ainsi que des dons et legs, logés dans un compte dédié à l’INS et soumis aux règles de la comptabilité publique.
Fatoumata Camara


