A lors que la Guinée fait face depuis plusieurs mois à des crises sur la disponibilité des billets de banque, les autorités pointent du doigt certaines pratiques ancrées dans les habitudes financières, notamment la conservation d’importantes sommes d’argent à domicile. Une situation aux multiples conséquences économiques et sécuritaires.
Intervenant sur la question, le porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, a reconnu l’existence d’une crise de liquidités tout en assurant que des mesures sont en cours pour améliorer l’approvisionnement en espèces. Mais au-delà de la rareté du cash, c’est son mode de circulation qui est mis en cause.
Une pratique à risque pour les particuliers
Illustrant son propos par une expérience personnelle, l’ancien parlementaire a évoqué la difficulté logistique et sécuritaire liée à la manipulation de fortes sommes en espèces.
Ce témoignage met en lumière un risque souvent sous-estimé : conserver de l’argent liquide chez soi expose à des pertes, des vols ou encore des destructions accidentelles, sans possibilité de recours.
Un obstacle à la traçabilité financière
Au niveau macroéconomique, la rétention de liquidités hors du circuit bancaire complique le suivi des flux financiers.
Selon le porte-parole, cette situation favorise les transactions opaques et limite la capacité des autorités à lutter contre des phénomènes tels que le blanchiment d’argent, la fraude fiscale ou encore le détournement de fonds publics.
Il rappelle que dans plusieurs pays, notamment au Sénégal et en Côte d’Ivoire, des plafonds stricts encadrent les retraits et paiements en espèces afin de garantir une meilleure transparence.
Dans certains cas, des transactions en liquide au-delà d’un certain seuil déclenchent automatiquement des contrôles.
Une pression sur le système bancaire
La thésaurisation contribue également à raréfier les billets en circulation, accentuant les difficultés d’accès au cash pour les ménages et les opérateurs économiques.
En retirant durablement l’argent du système bancaire, ces pratiques réduisent les capacités de financement de l’économie et freinent les mécanismes de crédit.
Entre méfiance et contraintes structurelles
Toutefois, les autorités reconnaissent que cette préférence pour le cash s’explique en partie par une méfiance envers le système bancaire, notamment liée à certains mécanismes de prélèvements automatiques en cas de contentieux fiscal. Une situation qui pousse certains usagers à éviter les dépôts bancaires.
Par ailleurs, le faible niveau de digitalisation des transactions et les insuffisances en infrastructures (accès limité aux services financiers numériques, couverture réseau incomplète) rendent difficile une transition rapide vers des moyens de paiement alternatifs.
Vers une nécessaire évolution des pratiques
Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est double : restaurer la confiance des citoyens dans le système financier tout en encadrant davantage la circulation des espèces.
L’objectif affiché est de réduire les usages excessifs du cash, sans pour autant pénaliser les transactions quotidiennes qui reposent encore largement sur les petites coupures.
Dans cette perspective, les autorités assurent travailler à la fois sur l’approvisionnement en billets et sur des réformes structurelles destinées à moderniser les pratiques financières, condition essentielle pour une meilleure régulation de l’économie.
Alpha Binta Diallo


