Conakry : les premières pluies exposent une insalubrité persistante

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A Conakry, les premières pluies de la saison hivernale continuent de mettre en lumière les difficultés structurelles liées à l’assainissement urbain. La précipitation qui s’est abattue dans la matinée de ce samedi 16 mai 2026 a provoqué d’importantes perturbations dans plusieurs communes de la capitale, entre inondations, embouteillages et dégradation des conditions de circulation.

Dans des quartiers comme Tombolia, Matoto, Hamdallaye, Cosa ou encore Sonfonia, les habitants ont été confrontés à des scènes devenues récurrentes.

Des axes routiers submergés, des caniveaux débordés et des véhicules immobilisés ont fortement ralenti les déplacements. Motos, taxis et voitures particulières ont eu du mal à circuler sur certains tronçons devenus quasi impraticables.

Au-delà de ces désagréments immédiats, cet épisode pluvieux remet au premier plan la question de l’insalubrité dans la capitale.

De nombreux citoyens pointent du doigt l’occupation anarchique des caniveaux, l’accumulation des déchets et l’insuffisance des infrastructures d’évacuation des eaux.

« Nous sommes mal barrés. Ce que nous voyons aujourd’hui, ce n’est même pas encore la vraie pluie », alerte un habitant rencontré sur place, inquiet de la suite de la saison.

« La population paie des taxes et des impôts, mais on ne voit pas concrètement leur impact sur le terrain », ajoute notre interlocuteur.

Plusieurs témoignages recueillis évoquent également un sentiment de frustration face à la gestion des ressources publiques.

« Le riz que nous consommons est taxé, l’eau que nous buvons aussi. Mais ces contributions servent à quoi si les ordures continuent de bloquer les caniveaux ? », s’interroge un autre citoyen.

Cependant, certains acteurs locaux appellent à nuancer les responsabilités. Pour eux, la situation résulte autant de défaillances institutionnelles que d’un manque de civisme.

« L’assainissement n’est pas uniquement une affaire de l’État. C’est une responsabilité partagée. Chaque citoyen doit s’impliquer dans la lutte contre l’insalubrité », souligne un responsable impliqué dans les opérations de curage.

Ce dernier reconnaît néanmoins des difficultés sur le terrain, malgré les initiatives engagées.

« Des opérations d’envergure ont été lancées récemment pour curer les caniveaux, mais les résultats restent limités face à l’ampleur du problème. », rappelle-t-il.

Les spécialistes de l’urbanisme et de l’environnement rappellent que la gestion des déchets solides et le drainage des eaux pluviales constituent des défis majeurs pour les grandes villes africaines en forte croissance démographique.

A Conakry, la pression sur les infrastructures existantes, souvent insuffisantes ou mal entretenues, aggrave les risques d’inondation.

Face à cette situation, des appels sont lancés à une meilleure coordination entre les différents acteurs institutionnels, notamment le ministère de l’Administration du territoire, celui de l’Habitat et les autorités locales.

Certains citoyens plaident également pour une professionnalisation accrue du système de collecte des déchets, notamment à travers l’adhésion aux PME spécialisées dans l’assainissement.

En attendant des solutions durables, les habitants tentent de s’adapter. Si certains bravent la pluie pour poursuivre leurs activités, d’autres préfèrent limiter leurs déplacements, conscients que la saison ne fait que commencer.

Dans une ville régulièrement confrontée aux inondations, l’enjeu dépasse désormais la simple gestion ponctuelle des crises. Il pose la question de la planification urbaine, de la gouvernance environnementale et du civisme collectif, dans un contexte où les épisodes pluvieux risquent de s’intensifier au fil des années.

Bangaly Condé 

 

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