Toilettes publiques à conakry : entre vétusté, manque d’eau et d’hygiène, de véritables risques pour la santé publique

D es toilettes publiques impraticables à cause de leur état d’insalubrité et de vétusté, c’est le constat qui frappe et indigne chaque visiteur qui fréquente le marché de Madina, le plus grand marché de la capitale guinéenne, Conakry.

Des toilettes publiques sont disséminées partout dans ce marché qui s’étale à l’infini du quartier Coléah Domino à Matam centre, ces dernières sont abandonnées dans les mains de personnes privées qui se préoccupent de recevoir les montants versés par les utilisateurs et qui sont peu regardantes sur la qualité des infrastructures et l’état de propreté des lieux. D’ailleurs, cette situation ne choque que les visiteurs, les marchands et autres vendeurs habitués des lieux ne s’en embarrassent plus tellement que c’est devenu une partie intégrante de leur quotidien dont ils se plaignent depuis des années, mais sans aucune réponse des autorités du marché.

Abdoulaye Diallo, gestionnaire d’une toilette publique en plein centre du marché Madina, estime que le plus important dans un milieu aussi fréquenté, c’est de pouvoir se mettre à l’aise en cas de besoin.
Assis confortablement sur son tabouret, à l’ombre d’un hangar, Abdoulaye nous explique que la toilette qu’il gère est une affaire familiale installée depuis plusieurs années : « ce lieu appartient à un monsieur qui s’appelle Almamy Camara qui lui-même l’a hérité de son père, mais puisqu’il a beaucoup d’autres choses à faire, il m’a confié la gestion de cette toilette », précise-t-il.

Il poursuit ses explications en égrenant les difficultés qu’il rencontre à longueur de journée, mais qui ne l’empêche pas de continuer à rendre service aux personnes dans le besoin : « ici c’est un lieu public, même si j’établis des règles, il y aura forcément un des clients qui viendra violer cette règle un jour ou faire le contraire. Il y a des personnes qui viennent, ils n’ont pas d’argent, il me demande, je suis obligé de les aider. Ce n’est pas tout le temps, mais il y a des cas exceptionnels », relate notre interlocuteur avant d’ajouter : « j’ai beaucoup de difficultés avec les jeunes qui sont là, qui passent tout leur temps à consommer le chanvre indien. Certains d’entre eux quand ils viennent se mettre à l’aise, tentent d’allumer leurs mèches et de fumer dans les toilettes, quand je constate cela, je les oblige à sortir, car ce lieu n’est pas fait pour consommer de la drogue », martèle-t-il.

Par ailleurs, Abdoulaye Diallo évoque la faiblesse de ces revenus et les difficultés d’accès à l’eau : « la recette journalière que je gagne ici est de 30 000 Gnf. Ça me permet de prendre soin de ma famille, de m’occuper de certaines choses ici comme par exemple l’eau qu’on achète à des livreurs à 2000 Gnf par bidon de 20 litres et qu’on fait transporter à 500 Gnf par bidon », nous a-t-il confié.

Devant ces difficultés, Abdoulaye Diallo se dit conscient de l’état impraticable de ses toilettes : « pour ça, moi, je dirai que la responsabilité est partagée. Nous oui, mais il faut que l’État aussi nous aide. Qu’il jette un coup d’œil par-là sur nous. Les toilettes que vous voyez à part celles construites sur l’initiative du gouverneur de la ville à Avaria, sont parmi les plus anciennes ici au grand marché de Madina, si elles se présentent comme ça aujourd’hui, c’est parce que nous n’avons pas les moyens, mais nous voulons aider la population à disposer de ce service, il faut que l’État aussi nous aide », plaide-t-il.

Pour Mamadou Issa Baldé, utilisateur de ces toilettes publiques, c’est une question de nécessité : « moi, je les utilise quand je constate que les lieux sont propres sinon je m’arrange jusqu’à ce que j’arrive chez moi avant d’aller aux toilettes », indique-t-il.

Les désagréments de l’utilisation des toilettes publiques en Guinée ne sont un secret pour personne. Les citoyens dans leur ensemble s’accordent sur leur faible niveau d’hygiène dû au manque d’eau courante, au manque d’entretien, à la mauvaise utilisation, à la mauvaise gestion des lieux par des non professionnels et l’absence totale d’un système d’égouts, toutes choses qui peuvent être source de transmission ou de propagation de maladies.

Les regards sont donc tournés vers les autorités de la ville de Conakry qui ont la charge de promouvoir un réseau de toilettes publiques respectant les normes sanitaires et environnementales.

Tomou TRAORÉ

 

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