Mariage precoce, mgf : la guinee, 2e au plan mondial (statistiques)

L a Guinée occupe la deuxième place au monde en matière de pratique des mutilations génitales féminines, juste derrière la république fédérale de somalie et 4ème pays au monde dans le domaine des mariages précoces. Sur la problématique, les statistiques données par la ministre de l’action sociale sont effrayantes.

Les chiffres du ministère de tutelle sont sans équivoques. Le mariage précoce et les mutilations génitales féminines auront du mal à être jugulés. Ce, à cause du poids des valeurs culturelles et sociales. C’est du moins, ce que soutiennent certains cadres du département de l’action sociale.

«Bien que la loi guinéenne fixe l’âge légal du mariage des filles à 17 ans, en 2016, 21% des filles se sont mariées avant l’âge de 15 ans et plus de la moitié, 55% avant 18 ans, soit 64% en milieu rural et 70% chez les ménages  économiques les plus pauvres. Malgré la condamnation par la loi, les MG constituent une pratique courante et profondément ancrée dans la société. Elles affectant ainsi la quasi-totalité des filles et femmes de 15 à 49 ans », a précisé Hadja Mariam Sylla, ministre de l’action sociale.

Idrissa Bah, actuelle présidente du parlement des jeunes filles de guinée, victime de l’excision à son enfance, se bat aujourd’hui avec sa jeune institution contre les MGF.

« J’ai subi moi-même l’excision, donc je connais les méfaits de cette pratique. Elle a des conséquences néfastes sur la santé de la jeune fille dont les règles douloureuses, les complications à l’accouchement, des douleurs pendant les rapports sexuels. A vrai dire, ce phénomène joue sur l’évolution des jeunes filles. C’est en tant que présidente du parlement des jeunes filles de guinée que je me bats nuit et jour, avec les institutions internationales comme le PNUD pour y remédier », a-t-elle dit avec vigueur.

A 50 km de la capitale guinéenne, se trouve Dubréka. Une ville à vocation agropastorale. Dans cette localité à majorité musulmane, les mariages précoces sont monnaies courantes. Aïssata, la trentaine, a été donnée en mariage à l’âge de 14 ans, alors qu’elle étudiait normalement. Très intelligente à l’école, ce mariage précoce est venu mettre un terme à ses rêves.

«Mes parents m’ont donné en mariage très tôt et je devrais faire le brevet cette année. Arrivée chez mon mari, j’ai eu assez de problèmes et ma première grossesse a failli m’emporter. La deuxième aussi, car j’ai perdu mes deux premiers enfants, car j’étais incapable de donner naissance à des bébés. Aujourd’hui mes parents regrettent vivement cet acte », se lamente la victime.

Dernière forme de violence la plus voilée, l’exclusion des femmes dans les postes de responsabilité. Là aussi, la présidente de la COFFIG, la coalition des femmes et filles de guinée évoque plusieurs raisons.

«Les femmes guinéennes constituent les 52% de la population, malgré cette réalité les femmes sont absentes dans les postes de prise de décision. Par exemple, sur les 113 députés présents à l’assemblée nationale, on ne dénombre que 26 femmes (soit 23% donc moins d’un député sur quatre). Dans le gouvernement actuel dirigé par Ibrahima Kassory Fofana, on ne compte que sept femmes, sur plus d’une trentaine de membre, tandis que la CENI compte 6 femmes contre 17. Voilà les réalités qui nous font mal », regrette Dr Makalé Traoré.

Face à la montée de ces violences faites aux femmes en guinée, la ministre de l’action sociale, de la promotion féminine et de l’enfance, appelle à une prise de conscience collective. «Tous les guinéens sont concernés par ce phénomène qui prend de l’ampleur actuellement. Il faut que tout le monde se lève comme un seul homme pour combattre ces violences, car ça y va dans l’intérêt des filles et leur avenir en dépend. En tout cas, le gouvernement se bat bec et ongle, pour stopper ce fléau. Et j’invite tous les guinéens à faire autant », invite Hadja Mariam Sylla.

Même son de cloche chez les ONG de défense des droits des femmes. «L’heure a sonné pour les femmes guinéennes de mettre un terme aux multiples violences que nous subissons tous les jours », déplore pour sa part, Dr Makalé Traore, présidente de la COFFIG.

Reste savoir si ces messages tomberont dans de bonnes oreilles, afin d’agir en synergie pour inverser la tendance. En attendant, les violences basées sur le genre freinent l’émancipation de la femme guinéenne.

Elma Camara pour newguinee.info  

 

 

Publicité