L e gouvernement guinéen durcit sa politique de rapatriement des recettes d’exportation du secteur minier. A l’issue d’une réunion stratégique tenue, mardi 31 mars 2026, à Conakry, les autorités ont annoncé un relèvement du seuil obligatoire, désormais fixé entre 60 % et 70 %, contre 50 % auparavant.
La rencontre, organisée sous l’égide de la Chambre des Mines de Guinée, a réuni plusieurs responsables de premier plan, dont le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariam Ciré Sylla, ainsi que le gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée, Karamo Kaba.
Les représentants des sociétés minières opérant dans le pays ont également pris part aux échanges.
Un rappel à l’ordre dans un contexte international tendu
Selon le ministre des Mines, cette initiative s’inscrit dans le cadre d’instructions présidentielles visant à faire respecter les dispositions légales imposant aux entreprises minières de rapatrier au moins 50 % de leurs recettes d’exportation via les banques locales. Un seuil qui, selon les autorités, n’est pas encore atteint par l’ensemble des opérateurs.
Dans un environnement économique mondial marqué par des tensions, notamment liées aux crises géopolitiques, le gouvernement entend renforcer la mobilisation des ressources en devises.
L’objectif est double : consolider les réserves de change et soutenir le financement du développement socio-économique.
Un dispositif renforcé et plus contraignant
Au-delà du relèvement du seuil de rapatriement à 60 %, voire 70 %, plusieurs mesures ont été annoncées. Les autorités imposent désormais la soumission systématique des exportations aux formalités DDI-DDE, le transit obligatoire des dépenses d’exploitation (OPEX) par les banques locales, ainsi que le règlement en devises des transactions effectuées sur le territoire national.
Ces dispositions visent à améliorer la traçabilité des flux financiers et à accroître les réserves de la Banque centrale.
Le gouverneur de la BCRG a, pour sa part, salué les contributions déjà enregistrées du secteur minier, tout en appelant à un renforcement du respect des obligations légales.
Un état des lieux du niveau de rapatriement par entreprise a été envisagé lors de la réunion.
Les préoccupations des opérateurs miniers
Face à ces nouvelles exigences, les acteurs du secteur ont exprimé plusieurs préoccupations d’ordre opérationnel. Parmi les principales figurent les retards dans le remboursement des crédits de TVA, les contraintes liées au suivi des cargaisons, la certification des bilans sociaux, ainsi que certaines redevances administratives et clauses contractuelles.
Le président de la Chambre des Mines a toutefois indiqué que les entreprises ne s’opposaient pas au principe du rapatriement des devises, à condition que ces difficultés soient prises en compte.
Engagements du gouvernement et perspectives
En réponse, la ministre de l’Économie et des Finances a réaffirmé le caractère obligatoire du rapatriement des recettes, tout en reconnaissant le rôle central du secteur minier dans l’économie nationale. Elle a notamment rappelé son importance dans la mise en œuvre du programme Simandou 2040.
Sur la question des crédits de TVA, des mesures ont été annoncées pour apurer les arriérés et digitaliser les procédures de remboursement, dans le but d’améliorer la fluidité des relations entre l’État et les entreprises.
Par ailleurs, la Chambre des Mines et la Banque centrale ont été mandatées pour élaborer, en concertation avec le gouvernement, un cadre opérationnel visant à assurer l’application effective des nouvelles dispositions.
A travers ce renforcement réglementaire, les autorités guinéennes entendent instaurer un partenariat plus structuré avec les opérateurs miniers, dans une logique de partage équilibré des bénéfices issus de l’exploitation des ressources naturelles.
Bangaly Condé


