Guinée: pourquoi le pays préfére garder le franc guinéen face à l’eco

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L e débat sur l’adhésion de la Guinée à l’Eco, projet de monnaie unique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), se poursuit.

Le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Dr Karamo Kaba, a apporté, mardi 11 août 2026, des éléments d’explication sur le choix des autorités guinéennes de conserver, pour le moment, le franc guinéen.

Le gouverneur s’exprimait lors d’un point de presse consacré au nouveau programme conclu entre la Guinée et le Fonds monétaire international (FMI), d’un montant de 425 millions de dollars.

Selon Karamo Kaba, le choix de maintenir la monnaie nationale repose notamment sur les conditions économiques et institutionnelles qui entourent encore le projet de monnaie unique régionale.

« Aujourd’hui, il n’y a pas cette volonté politique », a-t-il estimé, en référence à l’objectif affiché par la CEDEAO de lancer l’Eco en 2027.

Il a également évoqué le respect des critères de convergence macroéconomique, estimant que très peu de pays de la région remplissent actuellement l’ensemble des conditions requises.

La CEDEAO a pourtant réaffirmé, lors de son sommet tenu le 19 juillet 2026 à Lungi, en Sierra Leone, son objectif de lancer l’Eco en 2027.

L’organisation prévoit une mise en œuvre progressive, avec une première adhésion réservée aux États qui remplissent les critères de convergence.

Des inquiétudes autour de la convergence économique

Pour le gouverneur de la BCRG, l’un des principaux défis réside dans les disparités économiques entre les États membres. Il a notamment évoqué la nécessité de disposer de mécanismes permettant d’accompagner les pays confrontés à des déficits, dans le cadre d’une politique monétaire commune.

Karamo Kaba estime également que la mise en place d’une monnaie unique nécessite des mécanismes de solidarité financière suffisamment solides pour éviter que les déséquilibres entre les économies membres ne fragilisent l’ensemble du dispositif.

Sur le plan institutionnel, il a particulièrement insisté sur la question de la future banque centrale fédérale appelée à gérer l’Eco.

Selon lui, la participation des différents États à cette institution pourrait être déterminée notamment en fonction de leur poids démographique, économique et de leurs réserves de change.

Le poids du Nigeria au cœur des préoccupations

Dans son argumentaire, le gouverneur de la BCRG a mis en avant le poids économique du Nigeria au sein de la CEDEAO. Il estime que les différents paramètres susceptibles d’être retenus pour déterminer la participation au capital d’une future banque centrale régionale pourraient conférer au Nigeria une influence importante.

Cette analyse intervient dans un contexte où le Nigeria demeure de loin la première économie de la région. Les données du FMI confirment l’importance de son poids économique, même si les indicateurs varient selon les années et les méthodes de calcul.

Pour Karamo Kaba, cette configuration soulève donc une question de souveraineté monétaire pour la Guinée. Il compare la situation actuelle, dans laquelle la BCRG est l’institution monétaire nationale, avec celle qui résulterait d’une banque centrale commune aux États membres de la CEDEAO.

« Pourquoi quitter une banque centrale où vous avez 100 % pour aller à une banque centrale où il y a 5 % ? », s’est-il interrogé, en référence à la part qu’il estime que la Guinée pourrait détenir dans une future institution monétaire régionale.

La Guinée ne ferme pas la porte à une monnaie régionale

Malgré cette position, le gouverneur de la BCRG a assuré que Conakry ne rejetait pas le principe d’une intégration monétaire ou d’une coopération renforcée avec les autres États ouest-africains.

Il a indiqué que la Guinée entendait poursuivre les discussions avec ses partenaires régionaux afin d’examiner les conditions permettant d’avancer vers une monnaie commune.

La position exprimée par le gouverneur intervient quelques semaines après la réaffirmation, par les dirigeants de la CEDEAO, de leur volonté de poursuivre le projet de l’Eco.

L’organisation régionale a notamment retenu une approche progressive, permettant aux États qui ne remplissent pas immédiatement les critères de convergence de rejoindre ultérieurement le dispositif.

Pour la Guinée, le maintien du franc guinéen apparaît ainsi, à ce stade, comme un choix de prudence monétaire.

Les autorités souhaitent continuer à évaluer les implications économiques, financières et institutionnelles d’une éventuelle adhésion à une monnaie unique régionale, alors que la CEDEAO maintient son objectif de lancement de l’Eco en 2027.

Fatoumata Camara 

 

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