Littérature : djaily amadou amal parle de son combat

E crivaine et auteure de trois ouvrages dont ‘’Munyal’’, les larmes de la patience, la camerounaise Djaily Amadou Amal, en séjour à Conakry, a accordé une interview à la rédaction de www.guineeactuelle.com  pour parler de son combat pour les femmes africaines du Sahel. 

Dans ses romans, Djaily Amadou Amal dénonce les maux dont souffrent les femmes musulmanes du Sahel, dont le mariage forcé, le mariage précoce , la polygamie, le viol, le maraboutisme,  les violences conjugales ou l’éducation des filles.

« Je suis du nord Cameroun et le nord Cameroun comme la majeure partie de l’Afrique Subsaharienne avec une culture ISLAM0-PEULH, mais surtout une culture SOUDANO-SAHELIENNE a ses propres problèmes. J’ai eu la chance d’aller à l’école mais ce n’était pas le cas de toutes mes camarades du quartier, mais je me suis rendue compte très tôt qu’au fur et à mesure que j’avançais, les camarades filles disparaissaient. 50% des filles sortent de l’école sans leurs premiers diplômes.  Comme toutes ces filles, j’ai été marié à 16 ans et c’était un mariage forcé avec un homme qui avait la cinquantaine. Le mariage précoce ou forcé ne se passe pas comme vous les voyez dans les téléfilms par la force, non le mariage forcé, c’est par la persuasion et puis j’ai commencé à avoir des enfants et avant de commencer à écrire, je me suis posée une seule question quand j’ai vu mes petites filles toutes mignonnes avec pleins de rêve, j’ai posé la question à ma coépouse, mais si mes filles grandissent qu’est-ce qu’elles vont devenir ? Elle m’a répondu tout bêtement mais tu veux qu’elles deviennent quoi ?  Elles seront comme leurs sœurs, elles auront quatorze ans et t’inquiète pas, elles sont jolies, elles auront beaucoup de succès, et je me suis dit d’abord pour moi ensuite pour elles, il fallait que je parte et il fallait que je sois une femme ambitieuse et que je devienne une femme forte » a confié  l’écrivaine camerounaise Diaily Amadou Amal.

Dans son combat de défense des droits des femmes, l’écrivaine peule dit avoir croisé assez d’obstacles sur son chemin. Mais, avoue-t-elle ces difficultés ne l’ont pas empêchées d’écrire  trois ouvrages dont  Walaandé(l’art de partager un mari  par la polygamie), Mistiriijo (la mangeuse d’âme qui parle des femmes âgées accusées de sorcellerie dans leur foyer).

Son dernier livre Munyal (les larmes de la patience) a été classé meilleur  roman africain par la presse panafricaine au salon du livre de Paris. Ce roman est également finaliste du prix orange pour l’Afrique.

 « Munyal veut dire en peul patience, endurance, mais aussi pour la femme soumission. Je suis partie d’un constat pour écrire le livre, je me suis rendue compte que  quand il y a un mariage, une jeune fille ce qu’elle a envie d’entendre c’est ‘’tous mes vœux de bonheur, mes félicitations, mais nous ce qu’on entend c’est patiente, Munyal, quand une femme est fatiguée de patienter et qu’elle a envie de crier tout haut et tout fort ce qui se passe généralement dans les sociétés musulmanes pour un blasphème , je suis fatiguée d’encaisser et je suis fatiguée de supporter » rapporte Diaily Amadou Amal  qui se dit fière de sa culture et fière de porter les valeurs africaines même s’il faut transgresser d’autres.

« Je suis une femme peulh du Cameroun, il y a des valeurs dans la culture peulh qui sont des valeurs à porter, comme la pudeur, la décence, la patience dans le bon sens du terme, c’est une valeur, le respect des personnes âgées, donc les valeurs positives, on les porte et on les perpétue, celles qui créent des souffrances ça c’est pas des valeurs , c’est quelque chose qui va toujours nous retardes et celles-là, il faut les transgresser, il faut savoir dire non » a-t-elle conseillé.

Ci-dessous un extrait du roman Munyal, les larmes de la patience, les derniers conseils d’un père à ses filles nouvellement mariées.

« Respecter bien vos cinq prières quotidiennes- lisez beaucoup le coran afin que vos descendants soient bénis-ayez peur de votre Dieu- soyez soumises à vos époux -épargnez vos esprits de la diversion- soyez pour lui une esclave et il vous sera captif-soyez pour lui la terre et il vous sera le ciel- soyez pour lui un chant et il sera votre pluie- soyez pour lui un lit et il sera votre case- ne boudez pas, ne méprisez pas un cadeau, ne le rendez pas – ne soyez pas cholérique, ne soyez pas bavarde, ne soyez pas dispersé, ne soyez pas suppliante- soyez pudique- soyez reconnaissante- soyez patiente- soyez discret- valorisez le afin qu’il vous rehausse- respectez sa famille et soumettez-vous à elle afin qu’elle vous soutienne- aidez votre époux , préservez sa fortune- préservez sa dignité, préservez son appétit- qu’il ne s’affame jamais à cause de votre paresse ou à cause de votre mauvaise humeur ou encore à cause de votre cuisine exécrant- épargnez sa vue, épargnez son oui épargnez son odorat- que jamais ses yeux ne voient ce qui est sale en vous ou en votre nourriture , ou en votre domicile- qu’il n’admire que beauté et splendeur- que jamais ses oreilles n’entendent obscénité ou insulte de votre bouche , qu’elles n’écoutent que poésie et belle parole- que jamais son nez ne sente ce qui pue dans votre corps ou dans votre maison , que jamais vos parents ne sachent ce qui est désagréable dans votre foyer , préservez en l’image- préservez la vôtre, gardez vos secrets et conflits – à partir de maintenant vous appartenez chacun à son époux et vous lui devez soumission totale -soumission complète instaurée par ALLAH- sans sa permission vous n’avez pas le droit de sortir- soumission si complète que même vos actes de devoir comme le jeun ne se féra qu’avec son accord -souvenez-vous que pour rester agréable à son époux à chaque entrevue, une femme doit se parfumer de son meilleur parfum ; se revêtir de son meilleur vêtement, s’orner de ses meilleurs ornements et bien plus encore- le paradis d’une femme se trouve aux pieds de son époux. »

Nantady Camara

Publicité