Barrages routiers : le calvaire de la guinée profonde

En 2004, le gouvernement guinéen avait pris la décision de supprimer les barrages routiers de grands axes de circulation interurbains. Cette décision avait soulagé bon nombre des compatriotes qui en avaient vus de tous les contrôles entre 2000 et 2001 lorsque le pays a connu une incursion rebelle.

Mais depuis quelques années, cette décision semble être mise aux oubliettes aux yeux et à la barbe des autorités. De Conakry à Yomou, de Koundara à Beyla, les barrages sont de retours. Ils ont refait surface sur tous les grands axes routiers de la Guinée avec leurs corolaires.

Le hic, c’est que rien de ce que prévoit l’établissement d’un barrage de contrôle n’est à l’ordre du jour. Des véhicules sont remplis de passagers et les tonnages en termes de bagages dépassent complètement leurs capacités.

Depuis la liquidation d’Air Guinée, le pays ne dispose d’aucune compagnie aérienne ne serait-ce que pour les liaisons domestiques.

Quant aux voies ferrées, les quelques rares qui existent sont utilisées par les compagnies minières pour le transport des minerais de bauxite, l’or rouge de la Guinée.

Le transport en voiture devient alors la seule alternative pour aller d’un bout à l’autre au pays. Et aucune norme de sécurité n’est prise en la matière. Des véhicules conçus pour 6 personnes prennent 9 en Guinée, et ceux conçues pour 9 en prennent 12.

Cette triste réalité est devenue une seconde nature non seulement chez les automobilistes mais aussi chez les passagers. Cet état de fait ne constitue nullement une préoccupation pour les brigades mixtes qui gèrent ces barrages. Ce qui les importe à plus d’un titre, c’est l’arnaque qu’ils ont érigée en système de gestion en ces lieux.

Aucun véhicule n’est contrôlé même à 5%. A partir de l’instant où le chauffeur paie 10 000 GNF par passage, cela le soustrait du contrôle du permis de conduire, de la carte grise, de l’assurance, de la boite à pharmacie et des extincteurs.

Pour le contrôle technique, revenez le 31 février. Un agent tient un cahier dans lequel est inscrit les numéros d’immatriculations des véhicules en ‘’règle’’, c’est-à-dire ceux qui paient leur cotisation journalière.

Les passagers qui n’ont pas de carte d’identité nationale s’acquittent aussi de 10.000 GNF et c’est tout. Ce contrôle, il s’applique à la tête du conducteur, que dis-je, à la tête du véhicule ou de son propriétaire.

Les VA (Véhicules Administratifs), les EP (Entreprises Publiques), CD et CC (Corps Diplomatiques et Corps Consulaires), AG (Armée Guinéenne), PN (Police Nationale) et GN (Gendarmerie Nationale) ne sont pas arrêtés.

Mais pour les véhicules personnels, même les chaussures qu’ils portent sont contrôlées au nom de la loi et de la sécurité routière. Bravo !

Les quelques conducteurs qui tombent sous le coup de cette ‘’loi’’ justement, doivent s’acquitter d’une somme de 140.000 francs guinéens, qui, normalement doit être versés au trésor public. Mais depuis quelques mois, cette somme n’est plus versée au trésor mais sur place. Et la suite on la connait.

Les barrages routiers sont une unité mixte composée d’agents de la police, de la gendarmerie et parfois de l’armée, totalement irrespectueux, qui vocifèrent avec désinvolture sur de paisibles citoyens apeurés. Comme si c’est l’ennemi qui est en face.

Ces routes nationales sont pourtant empruntées en longueur de journée par des délégations officielles qui savent pertinemment ce qui se passe en ces lieux. Excepté l’ancien ministre de l’unité nationale Gassama Diaby qui s’est infiltrée dans un de ces check point en se faisant passer pour un citoyen lambda.

Le 5 juin 2012, un chauffeur de taxi est abattu par un caporal de l’armée à l’entrée de la ville de Mamou. La mort du transporteur avait déclenché de violentes manifestations  à Mamou, faisant deux blessés. Le gouvernement s’est alors fendu d’un communiqué interdisant les barrages sur toute l’étendue du territoire à l’exception des postes frontaliers et des axes stratégiques de Conakry. Patatra. Il n’en fut rien. Aujourd’hui, presqu’à l’entrée de chaque ville est érigé un barrage dont plusieurs sont non conventionnels. Sur la RN3 entre Dubréka et Boffa, deux barrages avec les mêmes objectifs sont érigés à moins de 5 km l’un de l’autre.

Mais le plus sidérant avec les barrages, c’est le sadisme avec lequel les agents postés maltraitent les habitants des villages environnants.

En Guinée, plus une localité est éloignée de la capitale et de ses radios qui dénoncent, plus ses habitants sont sujets à des brimades de la part des autorités à tous les niveaux.

Des barrages improvisés sortent de nulle part pour arnaquer de pauvres villageois qui partent pour leurs travaux champêtres. Ces villageois dont la plupart est illettrée ne se font malmenés pour des dossiers qui n’ont rien à voir avec les vélos et motos qu’ils conduisent ou des charriots qu’ils poussent.

De nos jours, ces barrages constituent de véritables calvaires pour les usagers de nos routes nationales qu’il faille réorganiser à défaut de les supprimer.

Alpha Oumar DIALLO

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