Affaire de la prière en n’ko à kankan : l’imam en question donne sa version des faits

D ans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux depuis la semaine dernière, le célèbre enseignant du N’ko, Karamo Ismaël Nanfo Diaby, a dirigé une prière nocturne durant les dix derniers jours du mois saint de ramadan en langue Malinké. L’affaire remonte depuis le mois de ramadan passé dans une mosquée bâtie dans sa propre concession, sise au quartier Bordo, commune urbaine de Kankan.    

Aussitôt, la nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre dans la cité de Nabaya et le dimanche matin, le concerné a été interpelé par les autorités religieuses, en tête le grand Imam de Kankan.

« On implore Dieu dans toutes les langues. On fait des bénédictions dans toutes les langues. Mais la prière au sens propre du terme, ne doit se faire qu’à travers la langue du Coran (l’Arabe) », a précisé l’imam Ratib de Kankan, Elhadj Bangaly Kaba, qui a invité Ismaël Nanfo Diaby d’abandonner cette pratique jugée contraire à l’islam.

Dans une interview accordée à notre rédaction, cet enseignant et promoteur de l’écriture N’ko a profité de l’occasion  pour donner sa version des faits.

Décryptage!

« D’abord, je vous remercie pour votre passage. Ce qui se dit actuellement sur ma personne est vrai. Ça s’est bel et bien passé ainsi. Pour la petite histoire, ça fait 22 ans à chaque ramadan, on lit le Coran en N’ko pendant les 10 derniers jours du mois saint de ramadan. C’est à l’issue de cela qu’on s’est rendu à l’évidence qu’il est mieux de prier dans sa langue au profit d’une autre. C’est pourquoi lors du ramadan de cette année 2019, tous les promoteurs et enseignants de cette écriture naissante, ont décidé de se tenir pendant la nuit du destin ou Lailatoul Kadri pour lire le coran de N’ko dans ma mosquée construite dans ma cour. C’est après cette prière effectuée en N’ko que certains parmi nous ont posté cela sur les réseaux sociaux. Cela a plu à certains et a dérangé d’autres, c’est ainsi on a reçu des appels un peu partout comme quoi ce qu’on a fait n’est pas bien pour dire que la prière n’est faisable qu’en arabe » entame-t-il.

Poursuivant, Ismaël Nanfo Diaby ajoute que ceux qui le reprochent n’évoquent aucun principe religieux sinon que de dire c’est interdit.

« Pourtant, le prophète (PS) a dit que : je vous ai laissé deux choses qui vous préserveront de l’égarement, c’est le coran et les hadiths », alors aucun principe religieux ne peut être dit selon le pressentiment ou le bon vouloir d’un individu, mais plutôt tu dois tirer tes arguments ou tes preuves dans le coran écrit par Dieu et dans le hadith laissé par le prophète Mohamed (PS). Pourtant, ceux-là qui nous interdisent cela ne se sont référés  à aucune de ces deux références islamiques à savoir : le coran et le hadith, sauf  nous dire seulement que ce n’est pas bon et que le coran est traduit dans beaucoup de langues à travers le monde, mais personne n’a fait ce que nous nous faisons maintenant. Et que si nous faisons cela qu’on va créer la discorde entre les fidèles et instaurer le clanisme au sein de l’islam. D’autres même disent que le prophète (PS) nous a exhorté de prier comme il l’a fait, ils ont traduit ça comme quoi on ne doit prier qu’en arabe. Mais si tel est le cas, vu son attachement au coran, c’est  Dieu même qui allait nous préciser de l’adorer seulement qu’en arabe, mais nulle part dans le coran, Dieu n’a dit de prier dans une langue spécifique mais plutôt, il nous a tout simplement dit de l’adorer. C’est pourquoi tous les envoyés de Dieu ont prêché dans leurs langues. Quand on a envoyé le coran de N’ko à la Mecque, à l’époque, c’est le roi Fahadou qui était au pouvoir, il a laissé entendre que ces gens-là (promoteurs de n’ko), nous ont beaucoup déchargé et il a soumis le document aux spécialistes pour examen pendant 3 ans avant d’encourager  l’extension de ce coran traduit dans le monde. Donc je ne comprends pas pourquoi nous qui sommes censés être fiers de cela en tant malinké et guinéen, nous nous acharnons contre. Bien sûr, il y a eu des peuples qui ont prié dans leur langue à l’époque du prophète Mohamed (PS),  les turques ont prié dans leur. Il y avait un Sahaba du prophète du nom de Salmane Farsi qui est venu une fois dire au prophète que ses parents ont accepté de se repentir, mais qu’ils ne savent pas la signification d’Alfatiha pourtant ils veulent prier. Le prophète Mohamed (PS) a dit à Salmane d’aller traduire la prière dans la langue Farsi, c’est en Iran pour qu’ils prient (adorer). Parce que l’être pour qui, nous prions comprend toutes les langues du monde » s’est justifié Ismaël Nanfo Diaby.

Après la mise en garde des autorités islamiques de Kankan, Karamoko Nanfo Diaby dit se conformer à la volonté des sages de la Haute Guinée.

« Mon Dieu, je t’adorerai dans la langue que tu m’as donnée jusqu’à mon dernier souffle.  Mais je ne manquerai jamais de respect aux sages. Je suis les sages de Kankan. Ils m’ont parlé en tant que notables. Ils ne m’ont contraint avec aucun verset du coran ni des hadiths. Donc je suis à leur entière disposition ›› a-t-il conclu.

Malick Diakité

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