Zone de libre échange économique africaine : la guinée est-elle prête ?

En marge du sommet extraordinaire de l’Union africaine tenu à Niamey, au Niger le 7 juillet, les chefs d’Etats et de gouvernement ont lancé officiellement la Zone de libre-échange économique africaine. L’objectif visé est de créer un marché commun caractérisé par la libre circulation des investissements et des travailleurs, et d’une union douanière qui implique une politique commerciale commune à l’endroit des pays extérieurs à la zone.

Ce marché commun à 1,2 milliards de personnes devrait être actif à partir de juillet 2020. Actuellement, le commerce intra-africain stagne à 15% contre environ 47% en Amérique, 61% en Asie et 67% en Europe. Cet échange pourrait rapporter à l’Afrique 16,1 milliards de revenus supplémentaires.

Relancé par Alpha Condé, en 2017, ce vieux projet est l’un des étendards de l’agenda 2063 de l’Union africaine. Sauf qu’en Guinée, au pays d’Alpha Condé, les bases d’une zone de libre-échange économique ne sont pas mises en place.

Selon Jean-Joseph Boillot, économiste et spécialiste du monde émergeant, les économies africaines sont très hétérogènes, avec trois pays, l’Egypte, le Nigeria et l’Afrique du Sud, représentant, à eux seuls, 50% du PIB cumulé de l’Afrique, alors que les six Etats insulaires du continent en représentent tout juste 1%.

« J’ai l’impression qu’on est en train de mettre la charrue du libre-échange devant les bœufs que sont l’industrialisation, le développement des infrastructures routières, ferroviaires ou maritimes, etc », a estimé Jean-Joseph Boillot.

 S’il faut des infrastructures ferroviaires, routières, aéroportuaires, de l’énergie, des industries pour réussir cette zone de libre-échange, on peut bien conclure que la Guinée n’est pas prête.

A date, toutes les voies ferrées guinéennes sont exploitées par les miniers. Même le train de banlieue Conakry Express squatte une ligne de la CBG.

Les gouvernements guinéen et malien se sont engagés à chercher de financement pour la réalisation de la ligne ferroviaire Conakry- Kankan-Bamako en vue de développer et de promouvoir les échanges commerciaux et la libre circulation des personnes et des biens entre les deux Etats. Mais, le projet attend toujours.

Des routes, en 2014, le réseau routier de la République de Guinée était de 43 493 Km, selon un document du ministère des Transports avec 7 000 km de routes nationales dont seulement 2 400 Km sont revêtues et 4 600 Km de routes en terres.

Si le domaine maritime a un peu évolué avec la signature du contrat avec Bolloré, le transport aérien, lui reste vierge. La Guinée ne dispose pas de compagnie aérienne.

De l’énergie, avec la construction du barrage de Kaléta, la desserte a considérablement augmenté, mais reste toujours déficitaire. Selon la Banque mondiale, le taux de pénétration de l’électricité en Guinée est d’environ 30%, avec 11% de branchement clandestin et seulement 3% d’électrification rurale. Ce qui fait que le processus d’industrialisation peine à voir le jour. Il y a tout de même un espoir avec la construction en cours du barrage de Souapiti.

Des produits d’exportation, la Guinée peine à diversifier son économie, 78% des exportations proviennent du secteur minier, notamment la bauxite. Et en Afrique, aucun pays ne manifeste de l’intérêt pour acheter la terre rouge.

A l’image de la Guinée, nombre de pays africains n’ont que la matière première à exporter : bauxite, coton, bois, arachide, cacao, café, anacarde etc. Et pas d’industries pour transformer ces matières premières.

Le lien entre la Chine et l’Afrique a encore des jours devant lui. La zone de libre-échange économique tant rêvée en 2020 s’annonce compliquée déjà.

Hafia Diallo

 

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