Reprise des manifs en guinée : le fndc victime de manipulations internes ou en voie d’empressement ?

D epuis l’entame des débats autour d’une éventuelle Nouvelle Constitution en République de Guinée, suivant les tendances affichées par les uns et les autres, les positions ne font que se radicaliser au gré des événements. Et comme pour ne rien arranger, quand on s’intéresse de peu à la dernière visite du Chef de l’Etat aux USA jusqu’à la publication de la déclaration № 022 du FNDC, en passant par la ʺseconde entrée en jeu du chef du gouvernement ″;  est-il possible de déduire que nous assistons à une mutation des discours caustiques imbibés d’invectives à l’emporte-pièce, vers des actions nettement plus critiques ? Quid de la perception des populations à la base sur cette bataille de loups dont l’épilogue semble de plus en plus scabreux ? Quelle lecture peut-on faire des sorties du timonier de Sékhoutoureya ?

Réellement, si la déclaration du FNDC, lue, lundi 07 octobre, devant les médias par son coordinateur national, soulève autant d’engouement chez les adeptes du statuquo constitutionnel. Parallèlement, elle provoque autant de frayeur du côté de moult citoyens lambdas (qui ne sont pourtant ni pour l’un, ni pour l’autre des camps), déjà suffisamment traumatisés par les séquelles des manifestations antérieures.

En effet, depuis la création du FNDC, nombreux sont les anti-troisième mandat qui souhaitaient en découdre directement avec leurs adversaires du côté de la mouvance au pouvoir. Parfois accusé de ne se limiter qu’à des annonces, dénonciations, ou d’être frileux à l’idée de mener des actions concrètes, voilà que c’est maintenant que le FNDC nous égrène la liste des actions de terrain à conduire.

Des membres du FNDC

Au nombre de ces actions, des journées de manifestations publiques accompagnées de ʺvilles mortes″ ont été annoncées : «… Dans le souci de prévenir les risques d’affrontements liés aux menaces publiques proférées par M. Alpha CONDE et ses proches, le FNDC :
Appelle le Peuple de Guinée à se mobiliser massivement et partout en vue de grandes manifestations Républicaines pour exprimer son opposition totale au projet de 3èmeMandat …;
Conseille vivement aux opérateurs économiques ainsi qu’aux sociétés établies sur le territoire guinéen, de s’abstenir de toute activité à partir du 14 Octobre 2019
…» a déclaré M. Abdouramane Sano, coordinateur national du FNDC.

De ce qui précède, certaines évidences s’imposent :

Opportunités de la nouvelle démarche du FNDC, chevauchement entre luttes sociale et politique

Le droit de manifester, selon la Constitution guinéenne en vigueur (article 10), est un droit fondamental consacré et garanti. Si ce droit est tel, sa pratique par les politiques guinéens et son encadrement par l’Etat, restent des plus problématiques. En effet, pour le seul compte du régime au pouvoir, on comptabilise déjà un peu plus de cent victimes passées au trépas. Pour lesquelles victimes, des enquêtes ne sont jusque-là, soit pas ouvertes, soit dont on attend encore les conclusions en vue de situer les responsabilités.

Possiblement, c’est dans la perspective de rétablir l’ordre public de façon durable, que le gouvernement, à travers le ministère de l’administration du territoire, aurait interdit toutes formes manifestations (chose qui, du point de vue constitutionnel et légal, reste assez problématique).

En dépit de cette situation irrésolue, voilà que le FNDC, composé d’acteurs de la société civile et de ceux politiques, redirige le pays vers des horizons lugubres. Pire, simple coïncidence ou hasard de calendrier, la programmation des manifestions pour le 14 octobre renvoi, de facto, aux calendes grecques, la rentrée effective des classes en République de Guinée. Etant donné que celle-ci, prévue depuis le 03 octobre, peine encore à être effective. Sans oublier que les deux dernières années scolaires ont été sérieusement impactées par des troubles liés à la grève des enseignants (un problème, pourtant non encore résolu à ce jour).

Par ailleurs, s’il ne fait aucun doute que les hommes politiques ne sont déterminés que par des calculs politiciens au détriment de toutes exigences sociétales et légales.

En revanche, il parait intéressant de rappeler qu’il incombe à la société civile d’interpeller l’Etat et les politiques, sur la nécessité de mettre en avant les problèmes sociaux au détriment des enjeux politiques. Egalement, il est important que la société civile  guinéenne revienne à ses fondements naturels. Lesquels fondements l’exigent de se constituer en véritable force de proposition ou de contreproposition à l’effet d’endiguer les crises sociopolitiques au lieu de contribuer à les enliser à travers des ʺdiscours va-t-en-guerre″.

Relativement à ce pan précis, la posture, en l’état, d’une partie de la société civile guinéenne inquiète plus d’un. A en croire certains observateurs, la société civile tend vers une banalisation de la lutte sociale au profit de la politique.

Devons-nous donc, de ce point de vue, conclure qu’une bonne frange de la société civile guinéenne, par le truchement du FNDC, est en voie d’instrumentalisation par des acteurs politiques ? Rien n’est encore évident, mais les prochaines étapes nous en édifieront davantage.

Qu’en pensent les citoyens ?

Du côté des citoyens, appelés vulgairement les ‘’vrais gens’’ ; c’est davantage de la lassitude, mais aussi de la frayeur par endroit, laquelle peut quelque fois être enchevêtrée à de la déception.

En effet, sur une vidéo devenue virale sur les réseaux, une citoyenne s’indigne de la reprise des manifestations au moment où la reprise des cours s’annonce avec difficultés « encore des manifestations ? Nous venons d’acheter des fournitures scolaires pour les enfants. Aucune bonne formation depuis combien d’années maintenant et j’entends encore reprise des manifestations. Cette fois, nous ne nous associerons à aucune forme de manifestation. Etant donné que les organisateurs de ces manifestations ont leurs enfants qui étudient à l’extérieur. Nos enfants ne font que redoubler aux examens. A peine, on ouvre les classes, aussitôt, ils viennent annoncer des manifestations. Mais cette fois-ci, nos enfants aussi étudieront…  »

Une dame opposée à la reprise des manifs

Par ailleurs, un autre citoyen ayant requis l’anonymat, opte plutôt pour le dialogue « Par rapport à cette menace de manifestation qui risque de sévèrement impacter le quotidien, voire la vie future de la  nation, personnellement je ne pense que cette solution soit opportune. Vu que pour le moment, nous sommes dans une situation un peu fébrile. La seule solution que je troue valable actuellement, c’est la concertation, le dialogue. J’appelle tous les acteurs (société civile et autres) qui se battent pour l’ordre constitutionnel, de participer aux consultations et défendre et argumenter leurs points de vue, au lieu d’occasionner des turbulences et des morts d’hommes » propose-t-il.

 Quid des sorties du Président de la République

 « Je vous demande de vous organiser et de vous préparer pour le référendum et les élections » dans une vidéo d’une trentaine de secondes et qui par la suite a largement défrayé la chronique, voilà ce qu’avait lancé le professeur Alpha Condé,  à l’occasion de sa visite « d’amitié et de travail » au pays de l’oncle Sam. C’est bien ce pan du discours de circonstance du Président guinéen qui a créé toute l’ire des généraux de la plateforme FNDC (front national pour la défense de la constitution, ndlr). Pis, l’opposition, à travers le FNDC, a profité pour accuser le Chef de l’Etat de « parjure ». Vérité ou non, il reste à saisir les juridictions compétentes pour en apprécier les faits.

Pendant ce temps, le Président guinéen avait au préalable, instruit son premier ministre d’ouvrir des consultations nationales en vue de requérir les avis et préoccupations des différents protagonistes de la vie publique guinéenne. Mieux, à l’occasion de son discours du 2 octobre (fête de l’indépendance de la Guinée, ndlr), le Président Condé a réitéré attendre les conclusions des consultations dirigées par le Chef du gouvernement guinéen « En matière de lois, il ne s’agit pas de promouvoir des intérêts personnels ou de gérer l’avenir d’un seul homme, mais d’œuvrer pour améliorer le destin de toute une nation. J’attends le compte rendu et le rapport du Premier ministre pour tirer les conséquences qui s’imposent ».

Alpha Condé lors d’un de ses discours à Sékhoutouréa

Quoique les déclarations solennelles et celles circonstanciées du chef de l’Etat paraissent nettement contraster entre elles, il n’en demeure pas moins qu’à ce jour, il est difficile d’affirmer avec exactitude l’action qu’entend entreprendre le président Alpha Condé.

En attendant donc que celui-ci ne se prononce solennellement sur les conclusions élaborées par le locataire du palais de la colombe, il serait intéressant que le FNDC conserve toute sa lucidité, revoit ses stratégies, homologue ses priorités et agendas (politiques et sociaux), mais surtout adapte ses moyens d’action à l’évolution réelle de la situation. A défaut, ce serait encore au peuple d’encaisser les conséquences macabres des choix des uns et des autres.

Che De Vinci

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