Présence des forces françaises au sahel : à quoi sert réellement barkhane ?

A pplaudie au départ par les populations, l’armée française n’est plus en odeur de sainteté. La stratégie de communication de Barkhane ainsi que son apport dans la stabilisation du Sahel laissent à désirer dans une zone où les hostilités à son encontre vont au-delà du Mali.

DU DÉJÀ VU DEPUIS ABIDJAN

L’armée Française s’était fait remarquer dans les années 2000 avec la crise ivoirienne. Appelée Licorne du côté d’Abidjan, elle avait du mal à se faire accepter par la jeunesse conduite alors par un certain Charles Blé Goudé. Ce dernier fut célèbre avec son fameux matelas qu’il déposait devant le camp militaire situé au quartier de Port Bouet. En cause, la passivité de l’armée de l’hexagone entre forces nationales et rebelles.

Début 2013, ces mêmes éléments se retrouvent déployés au Mali avec ceux du Sénégal et du Gabon. C’est la naissance de la force SERVAL qui sera applaudie des maliens. Après un appel du Président de la Transition Dioncounda Traoré, cet appareil militaire sophistiqué met à mal les ennemis du Mali. Même la visite de son homologue François Hollande en février 2013 sera symbolique et applaudie de tous. Sauf que la force militaire qui finira par s’appeler Barkhane commettra une bourde : libérer que Gao et Tombouctou laissant Kidal au nom du droit des minorités. Les FAMA (Forces Armées du Mali) n’y auront pas accès. Et le jour où elles occuperont la ville-rebelle, ce sera pour finalement s’y trouver cantonnées.

Les hostilités populaires prennent forme et la France est vue d’un mauvais œil. Le peuple la reproche de soutenir implicitement les rebelles du Nord. Du déjà vu comme avec les Jeunes Patriotes de Côte d’Ivoire conduits par Charles Blé Goudé à qui le temps finira par donner raison : l’intervention française en terre malienne perd de sa saveur et les populations manifestent. L’ancienne puissance coloniale aura donné l’impression d’être dans des calculs géopolitiques. Autrement dit, le Mali semble bien occupé par le Colon de toujours.

DECONCIATEURS SEVRÉS DE VISA

Il est important d’indiquer que deux figures politiques du pays avaient dénoncé la présence de l’armée française : le député Oumar Mariko et la Ministre Aminata Dramane Traoré. Cette dernière désormais au-devant du Dialogue Politique National en cours (DNI) affirmait haut et fort dans un passé récent lors d’un forum économique sur le Mali, que la France voulait revenir et que le sauvetage du pays par la force SERVAL en Janvier 2013 n’est pas fortuit.

« Le sous-sol de Tessalit et pas mal d’autres intérêts l’ont motivée à ‘’recoloniser’’  le Mali » avouait-elle.

Du refus de Visa envers sa personne à l’occupation actuelle du Nord par la rébellion, celle qui se fait appeler ‘’la dame au foulard’’,  estime que c’est un complot de l’hexagone.

Même sanction pour l’élu de Kolondieba qui sera sevré de visa plus de 2 ans. Oumar Mariko, élu du peuple indiquait à longueur de temps qu’une recolonisation du Mali était en cours : le temps a donné raison à la figure symbolique de l’arène estudiantine au temps de la dictature.

L’impression qui se dégage semble être que l’Azawad (Etat prôné par les rebelles) aurait été promis aux mouvements armés. Une analyse collective s’impose donc en allant au-delà des renseignements pour une contribution concrète de la population aux défis sécuritaires. Mais les faits sont têtus car multiples grognes à l’endroit de SERVAL désormais Barkhane ont été nombreux.

En plus d’être effacée depuis l’arrivée de la MINUSMA, l’armée française communique peu. Au moins avec MIKADO FM, les casques bleus sont mis en avant et malgré sa difficile acceptation par une partie de l’opinion, la représentation onusienne a une certaine visibilité.

DISCRÉTION PREJUDICIABLE ET CONFUSE DES FORCES FRANCAISES

De nos jours, la communication de Barkhane reste fermée en plus d’avoir une lisibilité très floue de ses actions. C’est justement là que se trouve l’amalgame des populations qui ignorent tout de la force venue les protéger. Ce qui se confirmera avec le Burkina Faso qui a fini par céder au début du mois d’Octobre.

Les populations sont sorties à Ouagadougou pour une dénonciation au vitriol des impérialistes accusant les militaires français d’être de connivence avec les forces du mal à l’effet de faire main basse sur les richesses du Sahel. Et dire qu’une manifestation de la même nature avait eu lieu au Niger. Les arguments brandis pour exiger le départ de ces troupes, sont les mêmes dans ces 3 pays non moins membres du G5 Sahel.

L’on peut logiquement donc adhérer à la thèse des organisateurs des manifestations, selon laquelle les impérialistes sont de connivence avec les groupes armés dans le dessein de fragiliser davantage nos Etats pour mieux justifier leur présence.

D’ailleurs, ce sentiment, au-delà des organisateurs des journées anti-impérialistes, est en train de gagner les populations qui ne savent plus à quel saint se vouer subissant au quotidien la folie meurtrière des terroristes.

Il revient donc aux forces françaises d’apporter la preuve qu’elles sont aussi au Sahel pour faire tomber le joug terroriste  autour des populations meurtries et innocentes. Et si elles s’inscrivent dans cette logique, il ne fait pas de doute qu’elles gagneront le cœur de ces populations.

DIVORCE ENVISAGEABLE AVEC BARKHANE ?

Néanmoins, l’on peut se poser la question de savoir ce que seraient le Mali, le Niger et le Burkina, sans la présence de ces troupes étrangères. A cette question, l’on peut répondre de manière nette et catégorique : ils seraient totalement sous l’emprise des terroristes. Ces derniers n’auraient eu aucune difficulté à en faire des califats où ils les libertés individuelles et collectives seraient réprimandées voire abolies. Et tous ceux qui développent aujourd’hui des tirades contre la présence des troupes étrangères au Sahel, n’auraient aucune possibilité de se déverser dans la rue pour signifier leur mécontentement, encore moins d’accéder à la Bourse du travail pour y tenir des meetings de protestation. Parfois, la rue sert de tribune d’expressions avec des humeurs populaires non des moindres.

Concernant le Nord du Mali, on ne peut plus se féliciter de l’Accord de paix obtenu en Alger. Sa caducité a été effective et la crise s’est étendue au Centre. Zone de Mopti où conflits communautaires ont mis à mal le tissu social du Mali désormais à la recherche de la paix, à l’image de la Côte d’Ivoire, 15 ans plus tôt. Surtout qu’on décèle plusieurs caches d’armes dans le Septentrion malien étant donné que la Lybie sert de base arrière aux mouvements armés. Même l’Algérie et la Mauritanie font pareil du fait que les ennemis du Mali y circulent sans être inquiétés. Dotation en carburant, nourriture et communications se font chez ces voisins du Mali qui ont pourtant des affinités avec le G5 Sahel. Ironie quand tu nous tiens !

La vérité est que les rebelles ont profité du ralentissement des activités de la force SERVAL lors de la fameuse libération du Nord malien. L’abandon de Kidal a permis de reconstituer les éléments dissipés dans la nature pour donner ce que nous avons aujourd’hui : une force armée rebelle au-dessus des FAMA. Ce qui a conféré un statut spécial que dénonce à longueur de temps le Président du Niger, Mahamadou Yssoufou. Kidal a échappé au Mali et le retour de l’Etat n’y est aucunement effectif. La Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) y dicte les règles et s’oppose à la relecture de l’Accord pour la paix pourtant caduque.

FAIBLESSE DE L’ÉTAT MALIEN

Au bout du compte, la République du Mali se retrouve avec une pléiade d’interlocuteurs. La CMA n’est donc pas l’unique force rebelle du grand Nord. Avec les autres acteurs locaux de la zone, une guerre de leadership existe en plus de snober la nation malienne en célébrant l’anniversaire de la république fantoche d’Azawad chaque mois d’Avril … depuis 7 ans.

Cela au vu de tous et ni l’armée, l’ONU, le gouvernement encore moins la communauté internationale ne dénonce cette célébration continue. La particularité de cette fête est que le drapeau malien est brûlé, piétiné et vilipendé ouvertement par les populations de Kidal. C’est parce qu’il y a eu réduction d’effectifs durant la libération du Nord que les bandits armés ont eu le temps de se réorganiser et reprendre le terrain : ce qui explique les attaques répétées contre les forces étrangères et camps de l’armée malienne.

La défaite de Kidal en 2014 a aussi compliqué la donne suite à une « fanfaronnade politique ». Ce fut l’affrontement où l’armée malienne a subi son plus grand revers suite à des renforts venus d’Algérie et Mauritanie soutenir les rebelles des lieux.

Le Premier Ministre d’alors Moussa Mara comptait asseoir l’autorité de l’Etat mais l’échec fut retentissant. Il ne manquera pas d’indiquer que pareille mission ne peut se faire sans l’aval express du patron de l’Exécutif. Assez de non-dits sur cette sobre affaire perdurent.

JEUX DE DUPES AU BOUT DU COMPTE

Finalement, les agissements mitigés de Barkhane ne peuvent que conduire à cette conclusion : la crise au Mali n’est autre que des ‘’dessous de cartes qui rentabilisent le commerce des armes’’. Une industrie lucrative à l’occident notamment le pays d’origine de l’armée auparavant appelée Serval.

Il est connu de tous que le Nord du Mali rengorge de ressources intéressantes : l’alumine, le pétrole ou l’Or.

Plusieurs ONG et sources locales dénoncent les militaires de SERVAL faire de l’extraction minière et des actes qui n’ont rien à avoir avec leur mission.

On comprend donc la sortie de Salif Keita qui n’est rien d’autre qu’un sentiment général. Ce qui explique le vœu ardent des maliens de voir une force prendre les devants : La Russie !

Idrissa Keita

 

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