Pourquoi pas une dictature de la presse guinéenne ?

La semaine passée et celle en cours ont été des jours noirs pour la presse guinéenne. Du décès d’Abdoulaye BAH de Guineenews à celui de Kadiatou SOUARE et Ibrahima Porto DIALLO respectivement, technicienne à la radio Tamata FM et cameramen à la RTG, le monde des médias pleure. Il pleure et surtout panse ses blessures. Des blessures profondes. Que de parcours semés d’embûches. Que de matériels de travail détruits, que de journalistes emprisonnés, s’ils ne sont pas violentés dans l’exercice de leurs fonctions. Abdoulaye BAH et tant d’autres sont tombés sur le champ de bataille, armes à la main. Cherif DIALLO est toujours porté disparu et j’en passe.

La presse est pourtant le « quatrième pouvoir » dit-on. Si tel est le cas, elle doit être en mesure de s’organiser, de se diriger et surtout de mettre toutes ses forces et tout son pouvoir dans son intérêt au prime abord et dans l’intérêt supérieur de la Nation par ricochet.
Vu comme ça, tous les médias répondraient en chœur : « C’est ce que nous faisons tous les jours.» Cependant, le diable se cache dans les détails. La presse guinéenne est dotée d’une force colossale dont elle n’exploite même pas les ¼. Dans le contexte particulier de la Guinée ou tous les indicateurs de la gouvernance sont au rouge, ou les politiques n’ont aucune conviction et ne cherchent qu’à accéder au perchoir tout en sacrifiant les vies d’autrui, la presse doit être un puissant catalyseur pour faire plier les politiciens indélicats aux intérêts de la population.

Le souvenir de journalistes matraquées et blessées le 31 octobre 2017 par des gendarmes devant le PM3 de Matam est encore vivace et claquent à nos mémoires comme jadis les propos discourtois du Chef de l’Etat sur la presse à chaque fois qu’il s’en offre l’occasion. La prochaine conférence du président qui a suivi ces bavures d’un autre âge, aurait dû être complètement boycottée. Hélas, l’esprit mesquin et partisan a pris le dessus sur l’intelligence collégiale. Les journalistes doivent une fois pour toute forcer le respect en n’agissant que sur le terrain républicain et en refusant tout compromis sur les fondamentaux de leur noble métier.

Tout homme politique est avide du traitement de son image. Ceux de notre chère Guinée n’en font pas exception. Dans cette quête perpétuelle pour vendre leurs images et celles de leurs partis ainsi que leurs idéaux, la course aux médias et aux outils de communication moderne est devenue une obsession. Dans ce contrat entre la presse et les entités politiques et toute autre organisation sociétale, la ligne directrice doit être tracé et tenue par les médias.
C’est là que la « dictature » commence. Une dictature positive que les médias doivent imposer en leur sein à travers une ligne éditoriale rigide qui ne se négocie ni ne se vend. Cette ligne doit également incarner des valeurs inébranlables que ni l’ethnie encore moins l’argent ne peuvent acheter. Cela reviendrait à ne plus couvrir les assemblées générales des partis politiques, car ces QG sont des hauts lieux de propagation de la haine et du mensonge.
Les médias doivent également boycotter tout évènement susceptible de les utiliser comme porte-voix pour distiller des propos haineux et violents. Il est aussi du rôle de la presse de rappeler aux citoyens a quel degré les politiques de tous bords peuvent se retourner parce que simplement mus par leurs intérêts. Les émissions de grande écoute par exemple peuvent servir de tremplin pour cet exercice. Les bandes sonores diffuseraient ce que X disait lorsqu’il était de l’autre côté de la rive. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est déjà une réalité en Ethiopie ou cette tranche d’animation est appelée la « minute caméléon.»
Cette dictature saine et révolutionnaire ne doit exclure personne, mais devrait veiller au grain quant à qui elle doit donner la parole. Dans les démocraties avancées, la presse est à la recherche de petits mots déplacés par tel ou tel pour alimenter le buzz. C’est leur fonds de commerce. En Guinée, le pays est en voie de développement. Nous sommes tellement pauvres qu’il est trop tôt nous nous livrions à de telles mesquineries qui ne nous font nullement pas avancés. Ça déchaîne les passions et accentue la fracture sociale.
Pour y remédier, il faut cette dictature de la presse.

Alpha Oumar DIALLO

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