Massacres communautaires au centre du mali : l’identité de la milice à l’origine des hostilités

Au matin du samedi 23 Mars 2019, le réveil est brutal à Bamako : 135 personnes ont été tuées à Mopti par un groupe armé dénommé Ambassagou. La stupeur est de taille au Mali et dans plusieurs pays de la sous-région où la communauté visée réside aussi. Quelle est cette milice foncièrement engagée contre la communauté Peuhle établie dans la région de Mopti ?

Un massacre de plus de 135 personnes a eu lieu en terre malienne en cette fin de Mars 2019. Les villages Ogossagou et Welindara ont été les théâtres de ces atrocités au centre du Mali. Sauf qu’il ne s’agit pas de la première du genre. Pour ceux qui l’ignorent, le Mali avait commencé l’année avec le même scénario précisément le 1er  janvier 2019 où une attaque similaire fut menée par des hommes armés habillés en tenue de chasseurs traditionnels donzos .

Là, c’était le village Peulh de Koulogon dans la même région de Mopti, qui s’est retrouvé avec environ 40 morts.

Furieuse de ce massacre, l’Assemblée Nationale du Mali avait interpellé durant la journée du lundi 7 janvier 2019, le gouvernement malien pour qu’il s’explique sur cette situation d’insécurité au centre du pays qui n’a que trop duré. La principale recommandation d’alors fut la dissolution de la milice Dan Nan Ambassagou composée de l’ethnie des Dogons. Plus de 2 mois après, on voit que les hautes autorités ont été des plus négligentes sur la question.

Le scénario s’est répété, toujours avec les mêmes acteurs pour la même cible : les Peulhs. Pourtant ce litige est né d’un vieux conflit naturel qui n’est autre que celui des éleveurs et agriculteurs.

Les Fulani sont reconnus être des détenteurs des bovins tandis que les Dogonons sont portés sur l’agriculture. Hélas, les mouvements terroristes agissant dans la zone ont instrumentalisé cette situation pour en venir à l’abomination que nous voyons désormais. La milice Dan Nan Ambassagou verra le jour dans ce contexte et a multiplié les hostilités.

Malgré sa dissolution prononcée lors du conseil des ministres extraordinaire du gouvernement malien, rien n’est joué. La milice créée en décembre 2016 avait pour but de protéger le pays Dogon (bandiara, Bankas, Koro, Douent) alors attaqué par les terroristes.

Allusion faite aux groupes djihadistes pilotés par le prédicateur Peul Ahmadou Kouffa qui avait pour créneau d’inciter les éleveurs à s’armer et riposter à toute attaque si minime soit-elle.

Des chasseurs traditionnels s’organisent alors et désignent Youssouf Toloba comme chef d’état-major (SVP). Le motif avancé était l’absence de l’Etat malien ainsi que la passivité de l’armée qui e couvrait pas toute la zone. La protection de la communauté dogon deviendra l’unique argument à travers lequel suivront ces tueries.

Alors qu’en septembre 2018, ils sont contraints à signer un cessez-le-feu, ils rencontrent à maintes reprises le Chef du gouvernement Soumeylou Boubèye Maïga pour enclencher le processus de désarmement. Mais en janvier 2019 et Mars 2019, ils sévissent dans les villages peulhs avec plus de 200 morts en tout. Lourdes pertes en vies humaines qui ne peuvent qu’offusquer l’opinion malienne et internationale.

Notons qu’AMBASSAGOU a rejeté d’emblée le désarmement annoncé par l’Etat malien. Le contexte est tendu entre les deux communautés qui ont des associations phares dénommées TAABITAL PULAKU (peulh) et GUIDA DONGON (Dogon). Il faut aussi ajouter que depuis le début des tensions au Centre du Mali, pas moins de 10 délégations composées des ministres, députés, cadres et fils alliés de Mopti et des communautés impliquées avec des personnes ressources sont plusieurs fois parties calmer les choses. Cela n’aura servi à rien !

Chaque camp se rejette la responsabilité des massacres communautaires et les propos incendiaires vont bon train. Les réseaux sociaux restent la tribune où ces deux tribunes reconnues auprès des Fulani et Dogonons tirent sur l’ambulance de la paix au lieu d’appeler au calme. La tension est vive bien que plusieurs compatriotes appellent au calme afin que chacun sache garder raison en cette période où l’unité nationale doit prévaloir.

Le Président IBK s’est rendu sur les lieux pour constater le drame mais cette seule apparition ne suffira pas pour avoir raison de la question désormais criarde au Mali : celle du Centre où le tissu social est totalement déchiré car le pays est bien à la croisée des chemins.

Idrissa Keita

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