La loi entre parentheses, source de nos malheurs en guinee

Les commentateurs de la chose politique guinéenne s’accordent souvent sur une cause première indétrônable des troubles politiques et socio-économiques du pays. L’ethnocentrisme érigée en mode de gouvernance et ou en modèle d’opposition. Les plus inspirés parlent d’«ethno-stratégie » pour désigner l’instrumentalisation ethnique à des fins politiques.
S’il ne peut être raisonnablement contesté que les clivages politiques sont souvent inspirés d’arrières pensées ethniques, notamment au niveau d’une certaine classe politique, la mise entre parenthèses des lois de la République dans le règlement des rapports d’intérêts général semble être la source principale des troubles politiques en Guinée.

Dans un Etat de droit digne de ce nom, les rapports entre l’Etat et les citoyens, les citoyens entre eux et leurs interactions avec les institutions sont régis par la loi dont l’égale application demeure une garantie tant pour la pérennité de l’Etat que pour la sécurité de tous. Ainsi, si la démocratie est une notion sujette à discussion selon les intérêts politiques en compétition, la loi elle, puisque générale, vient s’appliquer à toutes les situations de la manière préalablement prévue.

Pour illustration du propos, l’enlisement du phénomène des morts par balles et autres destructions d’édifices publics et de biens privés lors des manifestations de l’opposition dite républicaine, se trouve entretenu par la mise entre parenthèses des lois de la République ou, à tout le moins, le défaut de l’exécution efficace des textes de loi et décisions de justice s’il échet.

Si les manifestants violents et autres fauteurs de troubles, militants ou simplement infiltrés aux manifestants, étaient recherchés, poursuivis, jugés et adéquatement punis ; si les agents des forces de l’ordre ou ceux qui se font passer pour eux, auteurs de bavures, étaient correctement identifiés et traduits devant les tribunaux compétents, la démocratie guinéenne se porterait bien mieux. A qui la faute lorsque la seule évocation de manifestations politiques laisse redouter des morts par balles de jeunes manifestants, à qui revient la responsabilité des dégâts matériels importants et, parfois des agressions contre les forces de l’ordre ou de simples citoyens, du chef des manifestants ou assimilés à eux ? L’impunité semble être le seul élément constant de l’équation pour répondre à ces questions.
Lorsque la main du judiciaire tremble parce qu’effrayée par les représailles que lui inspire l’exécutif, lorsque le lanceur de cailloux sur les forces de l’ordre est assuré d’être impuni en raison du poids politique ou ethnique de son leader politique, alors la république se trouve nécessairement prise en otage dans sa zone de turbulence que d’aucuns qualifient d’ « Etat sauvage ». L’Etat qui ne protège pas ses citoyens (simples citoyens ou agent des services de l’ordre), manque à sa mission première et ne pourrait valablement inspirer confiance aux citoyens de manière à s’extraire de leurs ethnies pour s’abriter sous la coupole de la République.

Le propos est bien celui qui consiste à dire que s’il y avait une volonté politique de soumettre l’Etat et les citoyens pris individuellement, sans distinction de quelque nature que ce soit, les élans et stratégies ethniques l’emporteraient moins sur la nécessité du vivre ensemble. Il n’y aura ni paix, ni développement lorsque les citoyens ont, à juste titre, le sentiment d’être les victimes habituelles d’un système qui n’a pas la moindre prétention de les défendre contre l’arbitraire.

La réforme de l’armée et la refonte du droit pénal Guinéen y compris la procédure pénale avaient été de bons indicateurs de la volonté affichée du Professeurs Alpha Condé de passer du pays qu’il disait avoir hérité sans Etat à un Etat de droit qu’il a souhaité pour la Guinée. Force est malheureusement de constater que la réalité du processus judiciaire, soit inexistant, soit complètement inefficace au regard des enjeux développés ci-avant, place la Guinée loin des standards minimums d’un Etat de droit protecteur des libertés publiques et des droits fondamentaux.

Les modes alternatifs de règlement des litiges, le cas des recours aux coordinations régionales, les instances de réconciliation nationales ou autres accords politiques pourvus de fortes indemnisations, dénotent certes une certaine volonté de relancer le vivre ensemble entre Guinéens, mais ils se sont avérés impropres à insuffler et répandre l’idée de justice dans les esprits.
Il n’y a pas d’alternative durable à la justice de la République pour ramener la paix et la sécurité pour tous.

TITI SIDIBE

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