Instabilité en guinée : des guinéens profitent-ils de la situation pour obtenir l’asile?

A  tort ou à raison, l’instabilité , suivie de la répression des contestations, est perçue comme étant un facteur non négligeable qui favoriserait l’obtention des droits d’asile pour moult guinéens vivant à l’étranger.

Pour le cas spécifique de l’Europe, où la diaspora guinéenne reste considérable, malgré les difficultés d’y accéder, certains jeunes guinéens tiennent vaille que vaille à y aller, quel que soit le prix à payer.

A l’arrivée, la vie est loin de ce que l’on imagine ou de ce que l’on a imaginé. D’autant plus que les “diaspos” guinéens sont partagés entre ‘’chasse à l’homme opérée par les services des pays d’accueil, interrogatoires compliqués et rapatriements généralement forcés’’.

Selon nos informations, depuis avril dernier (mois de création du Front National pour la Défense de la Constitution), les guinéens demandeurs d’asile ont explosé en France.

Les candidats allèguent avoir été persécutés et/ou menacés pour avoir épousé l’état d’esprit prôné par cette plateforme qui s’oppose à l’adoption d’une Nouvelle Constitution en Guinée, projet porté par le pouvoir en place.

Pour mener à bien notre enquête, nous avons successivement frappé aux portes des institutions étatiques, internationales, ainsi qu’à celles des forces d’opposition guinéenne.

D’entrée, nous avons voulu recouper des informations auprès du ministère des Affaires Etrangères. A ce niveau, on nous a redirigé vers la Direction nationale des Guinéens de l’Etranger. Là encore, les responsables ont fait savoir qu’ils n’ont aucune information sur le sujet et jusqu’à date, aucune ambassade étrangère ne leur a contacté à cette fin. Et d’ailleurs, précisent-ils, même dans l’hypothèse où ils disposeraient des infos, ils ne pouvaient les communiquer à la presse.

Une fois à l’Organisation Internationale de la migration(OIM), notre équipe s’est heurtée à une forteresse impénétrable. Conséquence, impossible de glaner une quelconque information.

Du côté du FNDC, la plateforme a indiqué que si des Guinéens profitent de la situation pour demander l’asile, c’est normal, cela va de soi. Il n’y a rien d’illégal, nous ont rapporté quelques membres, précisant tout de même que : “ si un demandeur d’asile dit qu’il a obtenu son asile avec des documents délivrés par le FNDC, soit par la coordination nationale, soit par les antennes à l’étranger, ce n’est pas vrai.”

Car disent-ils, le FNDC est un mouvement et non une organisation structurée et qui a un statut juridique. Du coup, le FNDC ne dispose pas de documents administratifs, du moins pas de cette nature. Pour eux, personne ne peut présenter un document et prétendre qu’elle l’a obtenu au FNDC.

« Le mouvement ne dispose pas de document administratif. Les demandeurs peuvent présenter des photos ou des vidéos d’eux pendant une marche du FNDC, mais pas plus. Et si c’est le cas, le FNDC n’a rien à voir avec cette situation » argumentent-ils.

Cependant, des sources généralement bien introduites nous ont fait savoir qu’il existe, tout à fait, un lien entre les demandes d’asile en Europe et la situation de répression en cours dans le pays. Mais cela n’aurait pas commencé en 2019.

En effet, depuis la prise du pouvoir par le Président Alpha Condé, nombre de Guinéens en majorité des militants et sympathisants de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), auraient profité de la situation pour obtenir le droit d’asile.

Un proche du parti nous a confirmé que le parti délivre des documents à certains demandeurs, parce que, selon lui, il est du devoir de l’opposition et surtout du principal parti de l’opposition guinéenne de ‘’protéger’’ ses partisans contre la répression qui sévit dans le pays.

« Certains cadres de l’opposition sont volontairement poussés à l’exil » confie-t-il. Et puisque, ajoute-t-il, “en Occident, ce n’est pas possible d’y rester sans avoir des papiers légaux, le parti se voit dans le devoir de délivrer des papiers en vue de l’obtention de l’asile politique, le temps que la situation se normalise en Guinée”.

D’après certaines informations en provenance de la capitale française, des guinéens de toute obédience confondue se seraient effectivement servis des activités de l’UFDG et maintenant du FNDC pour justifier leur présence continue en France, étant donné que la République de Guinée, bien que connaissant par intermittence des situations de trouble politique, n’a jamais atteint le pic d’une véritable crise ou tout simplement des situations ayant trait à une guerre visant à fonder les prétentions alléguées par certains guinéens vivant en France, notamment.

Par ailleurs, selon les mêmes sources, des guinéens s’y trouvant en situation irrégulière seraient soumis par certains responsables de l’opposition, à des pratiques de mœurs prohibées. Celles-ci consisteraient entre autres à l’exploitation sexuelle, au proxénétisme et surtout à des chantages. Toute chose qui devrait interpeller les pouvoirs publics.

Du reste, les statistiques officielles pour le compte de l’année 2019 démontrent qu’environ 132 700 demandes ont été introduites à l’ Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Cette situation constitue une hausse de plus de 7 % par rapport à 2018.

Les principaux pays de provenance des demandeurs d’asile demeurent l’Afghanistan (10 014 premières demandes, mineurs accompagnants inclus), l’Albanie (8 023), la Géorgie (7 754) et la Guinée (6 651). A cela, s’y ajoute le Bangladesh dont la demande a significativement augmenté à compter du second semestre de l’année (5 810, soit + 48 % par rapport à l’année précédente).

En 2019, le délai moyen de traitement est de 161 jours, contre 150 jours en 2018. Le délai médian (délai dans lequel est traitée la moitié des demandes), est réduit à 110 jours, contre 112 jours l’année précédente.

Hafia Diallo et Cheringan

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