Francophonie : arrêtez la casse

Le 20 mars de chaque année marque la célébration de la francophonie sur les cinq continents. La place du français, cette langue qui rassemble 300 millions de locuteurs et 88 Etats et Gouvernements est aujourd’hui un enjeu crucial dont les limites vont au-delà de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Depuis quelques années, la langue française est confrontée à des politiques d’orientation inadéquates de l’OIF et des actes de certaines sommités de la politique française.

La question qu’on se pose est la suivante : l’OIF et la France servent-elles vraiment le français en ce moment ?

  1. Des français trop anglophiles

La langue de Molière est une des langues les plus parlées au monde avec une estimation de 300 millions de locuteurs dans des pays repartis sur les cinq continents du globe. Officiellement 88 Etats sont mêmes membres de l’Organisation internationale de la francophonie. Une vraie ONU francophone.  Ces millions de personnes parlent couramment et aisément le français d’après les estimations de l’organisation qui veille la promotion de la langue.

Si l’on ajoute ceux qui ne parlent pas correctement la langue mais qui l’utilisent quotidiennement de façon résiduelle, le nombre de francophones approche le milliard de personnes. Félicitations. Qu’ils sont nombreux ces francophones. Le discours d’espoir que prône tout acteur proche de la francophonie, axée sur la relève que constitue l’Afrique dans la postérité de la langue française se perd dans le lointain face aux actes posés par certains responsables français.

Loin de moi l’idée de soutenir un quelconque paternalisme dans le partage de cette langue mais il convient de dire que l’Etat et la nation française sont naturellement et intimement liés à celle-ci. Elles ne doivent jamais perdre de vue qu’elles sont le noyau de cette langue même si par langue de bois, certains soutiennent que l’Hexagone n’en n’est pas la locomotive. Lorsque le Canada communique au monde en anglais, ça n’étonne pas vraiment puisque ce pays est bilingue. Quand le Vietnam baptise «Vietnam Airlines » sa compagnie publique arienne, l’on est en mesure de comprendre le besoin de communication de ce pays vers d’autres centres d’intérêts.

Cependant, il est incompréhensible, à la limite choquant de voir que des entités françaises utilisent l’anglais, depuis leur pays pour communiquer vers le monde. Les exemples ne finissent pas, mais quelques-uns restent emblématiques.

Pour interpeller son homologue américain Donald Trump sur les enjeux de rester dans l’accord de Paris sur le climat, le président Emmanuel Macron dira au milieu de son discours  »Make our planet great again. » En français « Rendez sa grandeur à la planète ». Cette phrase adressée en anglais dans l’Élysée a déçu plusieurs francophiles qui y voyaient un pied de nez  à l’endroit du français par le numéro un de la République.

Comme si cela ne suffisait pas, la mairie de Paris, ne trouve pour slogan que «Made for sharing» pour accompagner sa candidature aux JO de 2024. Et elle marque le slogan sur …. la Tour Eiffel, le plus grand symbole de la France et de sa capitale. Le choc était de telle sorte que des associations de défenses de la langue française ont porté plainte contre la mairie. Il parait que l’acte violerait même la Constitution. De Gaulle doit se retourner dans sa tombe.

Complexe ou besoin de s’ouvrir vers d’autres horizons, de tels égarements sont courants de la part de certaines entités françaises. Ainsi, on peut voir des émissions comme « 50 minutes Inside »,  »The Voice » etc.

Ces actes envoient un très mauvais message aux francophones et aux francophiles de par le monde. S’ils peuvent attirer de la sympathie de la part de certains anglophones, ils sont objets de moquerie de la part d’autres.

  1. L’OIF à la solde de Paris ?

Pour faire la promotion de la langue française, l’Organisation Internationale de la Francophonie a été mise en place. Elle intègre en son sein des pays qui partagent le français. Pour les populations de certains Etats, c’est une langue maternelle. D’autres Etats en ont fait leur unique langue officielle et d’autres en font leur deuxième ou troisième langue officielle ou tout simplement la langue de leur administration. Si au départ l’objectif de l’organisation est de veiller à la sauvegarde de la langue, au fil des années, elle a reformé sa stratégie pour y greffer d’autres objectifs, notamment politiques. Ainsi elle s’est dotée d’observateurs et d’experts électoraux pour avoir des yeux et surtout une bouche sur les politiques internes de certains Etats membres qui ont acceptées de se faire observer. Ainsi, des pays comme la Guinée voient une bonne partie de son processus électoral sous la coupe d’experts de l’OIF qui donnent leur quitus pour la validation de tel ou tel étape du processus. Difficile de blanchir l’OIF lorsque ces élections tournent au fiasco et qu’une part importante de la population développe un désamour pour cette organisation puisqu’elle la soupçonne d’être un des acteurs du détournement de sa voix.

A l’aube de sa 49eme session, l’OIF doit faire l’état des lieux et entamer des réflexions approfondies sur l’orientation de ses interventions en général et sur son implication dans les processus électoraux en particulier. Sinon comment ne pas comprendre ceux qui pensent que l’OIF n’est qu’une énième organisation à la solde de Paris ? Non pas pour promouvoir seulement la langue mais pour avoir la haute main sur le choix des dirigeants de ces pays.

Si l’accusation semble poussée, les actes posés par le pouvoir français notamment en 2018 ne laissent pas indifférent sur une éventuelle manipulation de l’OIF à des fins hautement politiques et strictement dans l’intérêt de la France.

Quel observateur n’a pas été surpris d’apprendre que le président français Emmanuel Macron soutenait la candidature de Louise Mushikiwabo, ancienne ministre des affaires étrangères du Rwanda pour briguer la présidence de l’Organisation Internationale de la Francophonie ? Cette décision intervenue les 23 et 24 mai 2018 a été un coup de canif supplémentaire dans le projet de désintégration. Un canif à double tranchant mais dans un sens unique.

Primo, elle envoie clairement le message selon lequel l’OIF est à la solde et à la solde exclusive de la France qui en fait son outil d’influence géopolitique.

Secundo, la décision dénature l’objet même de l’OIF qui voit arriver à sa tête le bras droit d’un regimbe francophobe, qui en 2009 a officiellement banni la langue française de l’administration et de l’enseignement tout en basculant dans le Commonwealth.

L’on est à même de se demander si l’objectif n’est pas de faire la promotion de l’anglophonie. Et le comble reste le passage du président Rwanda Paul Kagamé sur le plateau de TV5, une chaine dédiée à la promotion du français, lors du dernier sommet de l’OIF à Erevan en Arménie.

A part le « bonjour » du président Kagamé, tout le reste de l’entretien s’est déroulé en … franglais. Oui en franglais puisque l’illustre invité n’a nullement daigner parler la langue de Molière alors que les questions lui étaient posés en français.

Si la France tient tant à se faire bonne conscience et à faire son mea culpa pour son rôle réel ou supposé dans le génocide rwandais, qu’elle déclassifie les informations et laisse la justice arriver à bout de son travail. Mais cette façon de se rapprocher de Kigali est une insulte  à toute la francophonie.

Que dire du Qatar qui a rejoint l’OIF en 2012 dans des conditions assez houleuses alors qu’officiellement ce pays parle officiellement arabe et use de l’anglais comme seconde langue. Là encore, le poids des intérêts de l’Etat français (PSG, vente d’avions Rafales, prêt d’œuvres d’art …) ont eu raison de l’objectif et des valeurs de l’OIF. Normalement un pays non francophones qui veuille intégrer l’OIF doit faire des efforts même substantiels pour user de la langue française. Ce qui était loin du cas du Qatar.

  1. La place du français dans le monde

Il est clair aujourd’hui que malgré l’optimisme marqué de certains, la situation de la langue française dans le monde tend à être difficile. Si au 19 siècle, le français était la langue la plus convoitée d’Europe, de nos jours, elle tient encore certes à sa convoitise dans une moindre mais surtout à la projection sur la ….croissance démographique du Sud. Et c’est là le problème. Nous sommes arrivés à la conclusion que pour tenir, notre belle langue doit compter sur les ventres généreux des femmes de l’Afrique francophone. Si les adeptes de l’anglais ou de l’espagnol calculait aussi de la sorte, nous serons combien sur la terre en 2050. Et les francophones constitueraient combien de pourcent de cette masse de population lorsque des pays comme l’Inde, le Nigeria ou les Etats-Unis sont anglophones ? Ce mauvais calcul doit immédiatement cesser pour poser le débat et apporter les vraies solutions aux vrais problèmes de la francophonie : le développement des pays francophones.

Le facteur de l’émergence économique et du développement est l’une des clés voire la seule sur lequel les pays francophones peuvent s’appuyer pour compter dans ce monde globalisé.

Aujourd’hui, un nombre important de pays francophones notamment ceux dans lesquels le boom démographique devraient s’opérer, figure parmi les pays les plus pauvres du monde, les plus corrompus, les moins avancés dans l’ancrage démocratique etc. Cet état de fait interpelle sérieusement dans la mesure où à voir de plus de près, l’OIF ressemble à une association de pays en majorité pauvres et fragiles. La langue d’une telle communauté peut elle faire le poids vis-à-vis de celle d’une autre communauté ou l’on retrouve les Etats-Unis, l’Inde, l’Afrique du Sud, le Pakistan, La Malaisie, l’Indonésie, le Kenya, le Nigeria ou le Koweït. Ces pays ont certes des problèmes de développement socio-économique mais ils sont encore loin devant un grand nombre de pays francophones en matière de dynamisme économique et d’innovation. On a beau le dire mais le succès de l’anglais en ce 21 eme siècle repose dans une large mesure à la puissance économique et industrielle des Etats-Unis d’Amérique.  La Chine, deuxième économie s’est également tournée vers la langue sheaskpare pour les échanges commerciaux sans oublier des pays émergents avec lesquelles il faille composer de nos jours. Hormis la France, le Canada (Québec) et la Belgique dans une relative mesure, quel pays francophone peut faire le poids devant ces géants anglophones ? La faute à la langue ? Pas du tout puisqu’il n’ ya ni de bonnes encore moins de mauvaises langues. La faute à une mauvaise gouvernance instaurée depuis fort longtemps parfois avec la bénédiction de la France.

Si toutes les anciennes métropoles appliquaient les mêmes pratiques que l’Hexagone, le Royaume Uni serait une hyper puissance de nos jours puisqu’ayant bâti le plus grand empire colonial sur terre. Un grand empire qui comprenait les pays cités ci-haut et d’autres. Tellement grand que le soleil ne s’y couchait pas.

En 2019, la puissance économique et industrielle de la France est devant celle de la Grande Bretagne. Mais les différentes colonies qu’elles ont respectivement libérées et qui sont devenues des Etats ont des écarts de développement considérables les uns vis-à-vis des autres.

Ce rapport de force doit être posée et traitée avec réalisme. C’est là que l’argument démographique s’efface puisque si même s’ils atteignent le milliard de locuteurs parfaits, les francophones ne pèseront pas assez tant vivent dans des pays pauvres et des Etats mafieux et fragiles.

Il est plus que temps d’assainir la gestion des pays francophones afin d’asseoir les véritables bases d’un développement harmonieux pour une population épanouie et forte.

La communauté francophone doit être en mesure de s’imposer et d’avancer avec ses valeurs tout en restant ouverte à une diversité logique.

Alpha Oumar DIALLO

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