Elections communales 2018, la pluie qui annonce l’orage

L es Guinéens ne sont pas encore au bout de leurs peines, en ce qui concerne les fameuses élections communales et communautaires du 04 fevrier 2018. Pendant que les informations qui nous parviennent font état de violences physiques et verbales signalées aussi bien à l’intérieur du pays que dans la caitale guinéenne, de barricades érigées ici et là. L’observateur lit entre les lignes, que dis-je, entre les événements pour porter loin la réflexion et comprendre que tout ce tohu-bohu n’est en fait qu’un plan minutieusement établi par le pouvoir central et savamment exécuté par des administrateurs zélés et imbus de l’affairisme.

Tenue plus de 7 ans après la date indiquée, l’élection des élus locaux a montré combien notre démocratie est menacée alors qu’elle se trouve encore à ses balbutiements. Ce processus qui suit encore son cours chaotique, a révélé au grand jour l’esprit étriqué de la classe politique et la prédominance de l’ethno-stratégie comme leitmotiv dans leurs QG. A peine commencer, l’installation des élus locaux du 04 février piétine. Elle piétine, néantise dans une nonchalance voulue et entrenue par le pouvoir de Conakry. Cela, dans le seul et unique but d’un glissement électoral à l’horizon 2020. En fin stratège du diable, les inconditionnels de ce qui reste encore du RPG (l’arc-en-ciel s’étant évaporé, ndlr) ont retardé, à dessein, de 7 mois l’installation des élus locaux afin que le processus des législatives soit à son tour retardé. Les Guinéens ont appris à leur dépend que voter n’est guère synonyme de l’installation des exécutifs communaux. Ce retard abyssal enregistré dans l’installation des maires aura une conséquence désastreuse sur le cours normal de tous les autres processus électoraux dont les législatives et la présidentielle de 2020. Justement, si nous savons que la présidentielle est prévue pour 2020, nul ne sait aujourd’hui quand se tiendront les élections législatives, qui sont censées renouveler le bail de nos députés. Aujourd’hui, le parlement guinéen est en passe d’être illégal parce qu’ayant épuisé le délai de mandat autorisé par la loi fondamentale. Sachant pertinemment qu’en Guinée, un processus électoral de deux semaines peut s’éterniser sur un an ou plus. En buttant sur des questions aussi inutiles que le sexe des anges, le pouvoir fait sciemment de créer des crises un peu partout sur le territoire national afin de retarder au maximum cette autre échéance ô combien cruciale. L’objectif étant d’avoir en face, à l’orée de 2020, une assemblée nationale périmée donc, d’office aphone et amorphe.

En effet, c’est un secret de cinéma. Un député, en dehors de la prescription légale, devient illégal voire illégitime. En ce sens, il n’aura aucun poids pour contrôler les actions du gouvernement à plus forte raison, arrêter les velléités du président de la république, qui lui, restera encore légal et légitime quoi que l’on dise. La crise des institutions qui sévit en ce moment, donne un aperçu général sur l’orage de crise qui frappera la Guinée si rien n’est fait. En plus d’avoir une cour constitutionnelle alambiquée, les Guinéens risquent avec le temps, de n’avoir que la présidence de la république comme seule institution constitutionnelle légale. Cette dernière aura alors phagocité toutes les autres institutions qui pourraient lui faire ombrage. Plongeant ainsi le pays dans une incertitude sans commune mesure sur l’avenir.

Alpha Oumar DIALLO

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