Crise à kamsar : un ancien préfet prend la parole

F ace à la crise qui frappe de plein fouet la cité industrielle de Kamsar, nombreuses sont les personnes qui, de plus en plus, décident de mettre fin à l’omerta qui sévit dans la région.

Joint au téléphone, monsieur Mamadou Camara, préfet de Boké de 1997 à 2005, a indiqué dans un entretien exclusif accordé à notre rédaction que les sociétés minières sont tributaires des contrats qui les lient à l’Etat guinéen et qu’elles ne sont nullement responsables de la desserte d’eau et du courant dans leur zone d’exploitation.

« Il faut que nos populations comprennent que les compagnies minières ne sont pas là pour leur  donner de l’eau et du courant. Ce qu’elles peuvent faire, c’est de leur aider dans leur développement socioéconomique à travers la RSE (responsabilité sociétale des entreprises, ndlr)», a précisé monsieur Mamadou Camara

Entretien !

Guineeactuelle.com : Comment appréciez-vous l’évolution de la desserte en eau et en courant électrique ces derniers temps à Kamsar?

Mamadou Camara : Ecoutez, je trouve cette situation vraiment très regrettable. Je pense que les gens doivent jouer leur rôle dans le développement socio-économique de la préfecture de Boké. Je me rappelle encore du moment où je prenais service en tant que préfet de Boké, en 1997, le courant n’y était présent que de 19h à minuit, soit 5h de temps seulement.

  • Alors comment les choses se sont-elles améliorées ?

Comme je le disais, quand j’ai pris fonction en 1997, j’ai engagé des contacts avec tous les acteurs du développement de la préfecture, la CBG (Compagnie des Bauxites de Guinée, ndlr) en premier. Et là, j’ai contacté monsieur Moustapha Diallo alias Mousto qui était, à l’époque, dans un service rattaché à la CBG dont la mission consistait entre autres à aider les collectivités qui sont impactées par les activités de la CBG à travers la fourniture d’eau et du courant. Dès lors, je lui ai fait part des attentes et préoccupations des populations de Boké. Ainsi, de cette franche et sincère collaboration, nous sommes parvenus, en quelques mois, un ou deux mois après, à donner du courant à nos populations de 12h à 6h du matin, vous vous imaginez ? En plus de cela, nous avions réussi à donner de l’eau potable tous les jours à nos compatriotes de la zone.

  • Les raisons de la coupure d’eau ces derniers ?

Ça c’est difficile à expliquer comme je ne suis pas sur place sinon l’Etat fournit des efforts. Vous vous imaginez, le Président de la République a donné sur le fond destiné au Budget National 15% au fonds de l’ANAFIC (Agence Nationale de Financement des Collectivités, ndlr). 15%, c’est du jamais vu, vous partez dans n’importe quel pays en Afrique, ce n’est pas facile qu’un gouvernement alloue 15% de ses recettes minières aux collectivités locales. En dehors de ces 15%, il y a aussi le FODEL (Fonds de développement local, ndlr) avec ses 0,5%. Quand j’étais encore en service, cela (les fonds du FODEL, ndlr) correspondait environ à une valeur de 500 000 000 GNF, mais aujourd’hui, cette valeur représente aujourd’hui des milliards de GNF.

Il faut que nos populations comprennent que les compagnies minières ne sont pas là pour leur  donner de l’eau et du courant. Ce qu’elles peuvent faire, c’est de leur aider dans leur développement socioéconomique à travers notamment la RSE (responsabilité sociétale des entreprises, ndlr).

  • Comment comprendre les raisons de l’absence de l’Etat à travers notamment l’EDG et la SEG ?

Non, je pense que l’Etat n’est pas absent. Du tout pas. Je pense plutôt que c’est un manque d’information. Les responsables des collectivités doivent être transparents dans la gestion des biens que les miniers leur donnent. Parce que quand vous prenez les mécanismes du FODEL ou de l’ANAFIC par exemple, les gens pensent connaitre les sommes allouées à leur collectivité. Cependant, si c’est payé, ils ne savent pas, si ce n’est pas payé, ils ne savent pas non plus. Si vous n’êtes pas transparents et que vous ne donnez pas d’information réelle, il y en a qui peuvent venir leur dire, écoutez les gens sont là à bouffer votre argent, etc. et on les incite ainsi à sortir dans la rue.

  • Nous savons que l’argent qui est collecté à travers les sociétés minières entre dans les fonds du FODEL et de l’ANAFIC, mais nous constatons que les autorités au niveau local ne font pas de la question de l’eau et de l’électricité, une question prioritaire. Qu’en dites-vous ?

Vous savez en matière de gestion des collectivités, il revient aux organes délibérants de décider et ceux exécutifs d’exécuter. L’organe délibérant, réuni en conseil communal, décide, détermine l’action par an devant être menée par le maire qui représente l’exécutif communal. Maintenant, si les conseillers ne décident pas de donner cette année la priorité à l’électricité, vous voyez que le maire ne pourra pas exécuter ça. Ils tiennent des sessions en début d’année, pour dire par exemple cette année nous avons besoin de reprofiler tel nombre de kilométrages de route, nous avons besoin de tel nombre de forages, nous avons besoin de ça en fonction de notre avoir. Donc, c’est en fonction de ça que le maire va travailler. Si on ne fait pas de l’électrification une priorité au niveau local, ça ne le deviendra pas en fait.

Je me rappelle que l’ancien secrétaire d’Etat à la communication, un certain Camara, avait un projet avec la CBG pour électrifier Kamsar-village. J’ai constaté qu’il n’y parvenait pas, étant donné les montants en jeu, j’ai alors dit aux collectivités de mettre fin à ce contrat. Nous y avions mis fin. C’est grâce à Mousto que nous sommes parvenus à donner l’eau et le courant à une grande partie de la zone. Vous savez, il y a Kamsar-CBG, c’est-à-dire les gens qui relèvent directement des infrastructures de la CBG, et il y a Kamsar-village dont l’électrification est fonction des montants disponibles. Donc, les gens peuvent vraiment prévoir tout ça et planifier le développement de tout Boké.

  • Vous dites que c’est en votre temps que la problématique d’eau et du courant s’est améliorée dans la zone ?

Oui grâce à notre collaboration avec l’usine par l’entremise du très compétent Mousto, nous avons réussi à considérablement améliorer les problèmes d’eau et de courant dans la zone de cinq heures de temps à dix-huit heures par jour. Je lève le chapeau pour lui, je suis même surpris du fait qu’il ait été éjecté du système, très sincèrement. Voila un cadre qui a le souci du développement socioéconomique de Kakandé et il a été très honnête, mais dans notre pays, on n’aime pas beaucoup les cadres honnêtes.

  • A votre avis, quelles perspectives pour la question de l’eau et de courant à Kamsar?

Il faut être transparent avec les bénéficiaires. C’est-à-dire que si vous avez un franc qui appartient à la communauté à travers la collectivité, il faut informer les gens nous avons reçu tel montant, voilà les actions que nous voulons réaliser. S’il n’y a pas ça, c’est la désinformation qui s’installe. Or, aujourd’hui, nous sommes dans une période d’instabilité, les gens en profitent pour venir mentir. Le guinéen est habitué à mentir pour dire ah le maire a mis des millions dans sa poche, il devrait construire ceci, construire cela. Ensuite, ils descendent dans les rues et procèdent à des casses. Et c’est après tout ça que les gens se rendent compte que qu’ils étaient sur du faux.

  • Kamsar pourrait-il embrasser la route de Fria ? quelles perspectives de solution ?

Vous voulez dire que les populations de Kamsar pourront se comporter comme celles de Fria ?

  • Pas forcément, nous voulons juste mettre un accent sur le fait que la zone de Boké-Kamsar, à l’instar de Fria, vit et respire au rythme des battements de cœur de l’industrie minière. Donc en cas de problème lié à cette industrie, toute la ville risque de s’arrêter, un peu comme à Fria ?

 Il y a une chose sur laquelle je souhaite insister. Les compagnies minières, c’est pour la Guinée. Chaque citoyen doit œuvrer pour préserver ces compagnies minières parce que ce sont des sources de revenus pour l’Etat et pour tous. C’est grâce à ses ressources que l’Etat parvient à construire des ponts, des écoles, des universités… aussi, c’est grâce à ses ressources que l’Etat paye ses fonctionnaires et même ses dettes. Si on ne préserve pas la vie de ses unités industrielles, ça risque d’être compliqué pour nous tous. Cela me parait extrêmement important, il ne faudrait pas s’en prendre à ces compagnies, elles ont un contrat avec l’Etat et les contrats là sont bien limités. Elles savent ce qu’elles doivent faire, et ce qu’elles ne doivent pas faire. Quand il y a un problème, ce n’est pas la peine de descendre dans les rues. C’est plutôt voire la hiérarchie, car l’administration est structurée. Il faut voir ceux-là qu’il faut voir, poser le problème et en ce moment, vous serez suffisamment informés.

Entretien réalisé par Cheringan

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