Burkina faso : la presse publique exige un passage à la société d’etat

Les confrères de la presse publique du Burkina Faso sont sur le ‘’pied de guerre’’ avec les pouvoir publics. Depuis la chute du régime de Blaise Compaoré, ils n’entendent pas être taxés de caisse de résonance et exigent un changement de statut.

Dans la foulée des incidents du 30 au 31 octobre 2014, le régime de Blaise Compaoré s’effondrait. 37 ans de gestion fermée avec des assassinats troublants dont celui de Norbert Zongo avaient animé sa Présidence. Sauf que le peuple ne s’est pas limité à l’ex-icône du parti CDP. L’Assemblée Nationale ainsi que la RTB furent visés par un peuple en furie. Depuis, les confrères du média d’Etat croisent le fer afin de changer de statut pour être à l’abri d’éventuelle représailles avec une liberté de ton dans la ligne éditoriale.

Chose logique puisque les médias d’Etat du Faso ont eu l’étiquette de caisse de résonance ces dernières décennies. Image  à laquelle les agents tiennent à s’en détacher. Depuis la transition où Isaac Zida était le cerveau du pouvoir, la question était d’actualité et malgré le changement de régime, la tension est désormais palpable : les promesses n’ont pas été tenus et le dossier est en souffrance.

Ainsi, les activités et des programmes des médias publics du Burkina Faso furent fortement perturbés toute la journée du lundi 19 Août 2019. Pour cause, les travailleurs observent un mouvement d’humeur. Le Syndicat autonome des travailleurs de l’information et de la culture (SYNATIC) exige le passage de la Radiodiffusion-télévision du Burkina (RTB) et les éditions Sidwaya en société d’Etat.

Les confrères avaient décidé de travailler uniquement aux horaires de la fonction publique burkinabè. Le travail débute à 7h30 et finit à 16h avec une pause de 12h30 à 13h du lundi au jeudi. De 7h30 à 16h30 avec une pause de 12h30 à 13h30 le vendredi, et ce jusqu’à nouvel ordre. Cette décision impactera fortement les programmes de la télévision et la radio nationale (RTB). Les téléspectateurs et auditeurs l’auront remarqué à leurs dépens, il n’y a plus de journal télévisé à 19h, 20h et 22H30.

A la radio, ce sont les journaux parlés de 6h, 7h, 19h, et de 22h qui ne sont plus présentés. En lieu et place, aux mêmes heures, les reportages sont diffusés sur les chaînes. Quant à la presse écrite incarnée par “les Editions Sidwaya”, le menu des parutions est bouclé plus tôt que d’habitude et la distribution des journaux se fait plus tard que les heures habituelles.

« Nous sommes traités comme les autres fonctionnaires, alors nous travaillons comme eux (…..)», peut-on entendre çà et là.

Le Synatic exige le passage à la société d’état

Les médias publics ont actuellement un statut d’établissements publics de l’Etat à caractère Administratif (EPA) et sous la tutelle du ministère de la communication et du ministère chargé des finances. Le syndicat des travailleurs des médias publics exige la mutation diligente des Editions Sidwaya et de la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB) en société d’Etat avec l’ensemble du personnel. C’est le principal point de revendication du SYNATIC.

Sa plateforme contient deux autres points. Il s’agit de  la dotation de ces médias en équipements avec des moyens conséquents et du versement intégral de la taxe de soutien au développement des activités audiovisuelles de l’Etat aux médias publics.

Appel au respect des engagements pris

Par cette démonstration des travailleurs des médias publics, le SYNATIC appelle au respect des engagements pris par le gouvernement. En effet, en 2016, le Syndicat avait lancé une grève pour exiger l’application de nouvelles lois sur les médias adoptées par le Conseil National de la Transition le 4 septembre 2015. Cette loi prévoit la transformation des médias publics (RTB et Sidwaya) en société d’Etat. Le syndicat réclamait aussi l’augmentation des salaires, la reconstitution de carrières d’agents, l’équipement des organes de presse et ‘’l’arrêt des intimidations et des pressions de tout genre sur les journalistes dans le traitement de l’information dans le strict respect des règles d’éthique et de déontologie’’.

Il faut rappeler que les médias en question ont subi d’importants dégâts matériels. Finalement, les négociations entre les travailleurs et le gouvernement ont abouti à la signature d’un protocole d’accord le 29 décembre 2016. En janvier 2017, une commission mixte a vu le jour à cet effet pour suivre le processus de mutation des médias publics. Plus de deux ans après, cette commission mixte a livré ses rapports avec des recommandations à l’attention du gouvernement depuis février 2019. Sur la base des études techniques réalisées par des cabinets d’études recrutés par la RTB et les Editions Sidwaya, elle a formulé des recommandations au gouvernement pour un passage réussi à la Société d’État.

« Nous avons été poussés à bout par le gouvernement. » « Nous avons été poussés à bout par le gouvernement », dit Aboubacar Sanfo, Secrétaire général adjoint du SYNATIC.

Un mouvement d’humeur similaire à celui actuel fut observé les 5, 6 et 7 Août dernier. Les travailleurs des médias publics avaient eu recours à des sit-in les 12 et 13 juin de 8h à 11h. Le 17 juillet, ils annonçaient les couleurs par une grève totale de 24h sur toute l’étendue du territoire burkinabè.

« Nous allons développer d’autres formes de lutte pour exiger du gouvernement, la mise en œuvre intégrale du protocole d’accord signé depuis 2016 », annonçait Aboubacar Sanfo lors de la marche organisée à cette occasion.

Une lettre de doléances était alors remise au premier ministre Christophe Joseph Marie Dabiré.

Tous ces mouvements d’humeur font suite à la déclaration du gouvernement en Conseil des ministres le 29 mai 2019 de poursuivre la réflexion sur la transformation structurelle des médias publics. La raison avancée est le nombre dit pléthorique des agents qui pour lui ne peut permettre la viabilité de ces médias une fois mue en société d’Etat. Le conseil des ministres a ainsi mis aux calandres grecques cette question. Une décision rejetée en bloc par les confrères des médias publics indignés.

« Nous allons développer d’autres formes de lutte pour exiger du gouvernement, la mise en œuvre intégrale du protocole d’accord signé depuis 2016 », avait laissé entendre les responsables syndicaux.

Des points de satisfecit

Depuis le début des mouvements des médias publics du Burkina, avant la chute du dernier gouvernement de Blaise Compaoré, il y a eu des points de satisfecit. La reconstitution des carrières des agents, l’organisation des concours internes pour certains agents de la RTB ainsi que l’augmentation et l’uniformisation de l’indemnité vestimentaire passée de 9.000, 10.000 et 11.000 francs à 30.000 francs CFA élargie aux personnels de l’Agence d’Information du Burkina (AIB) et des directions de la communication ministérielle (DCPM).

Issouf Zerbo et Idrissa Keita

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