biometrisation à la fonction publique guinéenne : ça sauf ah oui !!!

C ombien de fonctionnaires compte l’Etat guinéen ? Quels sont ceux qui travaillent réellement ? Existe-t-elle une répartition équilibrée entre les zones urbaines et rurales ou entre Conakry et l’intérieur du pays ? C’est pour répondre à cette inquiétude que le gouvernement a lancé le 05 mars 2014, le processus de recensement et de biometrisation des agents de la fonction publique.

En 2018, ce processus n’a pas fini de faire parler de lui. Avant le lancement du projet, l’Etat guinéen n’avait qu’une idée évasive sur le nombre d’agents qui travaillaient pour lui et émargeaient donc à son compte. Sans compter qu’en plus des fonctionnaires, des contractuels et des pensionnaires viennent grossir le lot des agents publics.

L’entreprise ivoirienne Innovatech qui a décroché le marché du recensement a dévoilé en décembre 2014 les premiers jets de son travail et les résultats ont donné le tournis : 30 milliards de francs guinéens retournés dans les caisses de l’Etat rien que pour les 10 mois de mars à décembre 2014. Pour la même période 18 636 agents fictifs ont été décelés dans les rangs de la fonction publique. Le mécanisme de recensement adopté par le ministère de la fonction publique consiste à bloquer le salaire de tout fonctionnaire qui ne fait pas acte de présence sur son lieu d’affectation pendant au maximum trois mois. Pour ce faire l’entreprise sous-traitante a établie dans les lieux de travail des machines d’enregistrement de présence dont les données sont acheminées par les DRH des 33 préfectures et ceux des ministères à Conakry, au prestataire Innovatech. Ce dernier traite les données et renvoie au trésor public les fonctionnaires dont les salaires doivent être bloqués.

En aout 2018, le ministère de la fonction publique à fait un point sur l’évolution du processus et les résultats montrent que 17 000 fonctionnaires fantômes ont été décelés. Malgré l’intensification de la chasse aux agents fictifs, des sources sûres au sein d’Innovatech, sous anonymat, craignent que le système s’essouffle. En plus il fait face de nos jours à de nombreuses résistances venant notamment de militants du RPG qui ont rejoints récemment la fonction publique dont certains en toute illégalité. Ces parvenus exercent une énorme pression sur les agents du prestataire en usant ainsi de leurs liens avec des hauts perchés du pouvoir. Allant jusqu’à narguer les agents recenseurs avec les termes « je vais te montrer qui je suis », plus loin « on est en Guinée hein, tu ne sais pas qui est qui » Certains appellent séance tenante un tel ou une telle et force l’operateur à parler avec tonton ou tantie.

Par ailleurs un nombre important de fonctionnaires ont été également mis à la retraite illégalement. Les uns sont victimes de leur appartenance à d’autres partis politiques depuis 2011, ils ont été appelés à faire valoir leurs droits à la retraite tandis qu’ils n’étaient pas encore éligibles à ce régime. Nous avons introduit une demande d’interviews de l’équipe d’innovatech qui, à son tour, a escaladé la requête auprès de ce département. Tenus au devoir de réserve ou soucieux de la pérennité de leur contrat avec ce ministère de la fonction publique, l’operateur n’a pas souhaité nous éclairer la lanterne sur cette situation.

A l’allure ou vont les choses, ce processus est un acquis grâce à l’appui des partenaires financiers et techniques. Il serait difficile voir compliqué d’atteindre ses objectifs dans ses conditions qui sont entre autres l’assainissement du fichier de la fonction, l’optimisation budgétaire de l’Etat ainsi que la modernisation, le rajeunissement et la féminisation de l’administration publique guinéenne.

 Alpha Oumar DIALLO

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