Autopsie d’une tragique vie de couple de guinéens en occident

P renez une bonne intention, ajoutez-y un soupçon de pressions familiales ‘’Il faut que tu te maries, tu as pris du retard !’’, vous en ferez un cocktail bouillonnant d’objectifs farfelus.

Le cocktail enfin prêt, gorge serrée, sueur froide et insomnies se déclarent alors être les meilleurs compagnons de fortune.

« Pas le choix, il faut y aller ! Mais comment procéder ? Ici ? Non ! Trop compliqué ! Elles me mépriseront sûrement, surtout avec mon accent de là-bas, ma situation on ne peut plus bancale ; Eh oui, ma carte de séjour que je viens d’obtenir avec difficultés sera à renouveler quasi tout le temps. Ma petite chambre de bonne dans laquelle je peux à peine tenir debout va être un frein ! NON, je ne leur arrive pas à la cheville. La seule solution, aller en Guinée, trouver une belle, une très belle et l’épouser ».

C’est alors que commence le périple de ce drame qui pend au nez mais qui est pourtant invisible. Un périple au cours duquel les protagonistes connaîtront une mutation successive de personnalités au gré du vent, au gré des envies, au gré des objectifs :

  • Monsieur ANGOISSE prépare ses valises, s’empare de ses maigres économies et part en Guinée.
  • Mademoiselle OPPORTUNISTE a entendu parler de cette rencontre d’amis dont nombre d’entre eux viennent de l’occident. Elle a l’intention de s’y rendre.

« Je dois me faire belle, une rencontre avec un « diaspora » est possible, c’est même un objectif à atteindre ».

  • Malgré cette fatigue liée au voyage, Monsieur FRIME doit absolument se rendre à cette rencontre.

« Il va falloir jouer le tout pour le tout, car ne sait-on jamais, ma future femme y sera peut-être, j’ai un objectif à atteindre » !

Un p’tit tour de passe-passe au cours de cette rencontre et la magie opère. Il y a synergie des personnalités.

  • Monsieur et Mademoiselle AMOUREUX sont en phase. S’en suivent : fiançailles, mariage, début des formalités pour une demande de visa pour Madame, et fin de séjour en Guinée pour Monsieur qui rentre en Occident.

Quelques mois plus tard, après moult appels téléphoniques entre Monsieur PROMESSES et Madame EPOUSE IDEALE, de longues conversations via les réseaux sociaux avec photos retouchées à l’appui, une attente interminable pour l’obtention du visa…

  • Madame ESPOIR atterrit sur cette terre nouvelle pleine de promesses. Cette terre d’où venaient les gens bien habillés, bien nourris…, cette terre depuis laquelle étaient prises ces belles photos tant enviables, postées sur les réseaux sociaux.

« Ma vie va changer, je vivrai à présent comme les autres. J’ai hâte de poster ma première photo sur les réseaux sociaux pour montrer ma nouvelle vie aux autres restés là-bas ».

  • Monsieur EMBARRASSE l’accueille à l’aéroport, l’emmène chez lui, lui fait découvrir sa vie, sa VRAI VIE qu’elle va dorénavant partager avec lui.
  • Madame DECEPTION se replie sur elle-même. Ces longues et belles conversations téléphoniques ainsi que ces messages via les réseaux sociaux ne sont désormais que de lointains souvenirs.

« Finalement, il n’est même pas si beau que ça, et puis il ne se parfume même pas, sans doute que son unique parfum a été vidé lors de son dernier voyage en Guinée. Il n’est même pas éloquent. Mince ! Qu’ai-je fait ? Je me suis trompée sur lui ! La poisse ! ».

  • Monsieur FRUSTRE ne comprend pas l’attitude de cette femme finalement inconnue.

« Quel sale caractère, elle veut tout, me demande la lune, que croit-elle ? Que j’ai un salaire de ministre ? Qu’est-ce qu’elle est ignorante ! Je la croyais intelligente mais alors quel QI ! Qu’ai-je fait ? Je me suis trompé sur elle ! La poisse ! ».

  • Madame STRATEGE doit tout de même faire des formalités pour avoir ses papiers. Elle a besoin de Monsieur. Alors prennent place, les sourires narquois, les rires jaunes,…

« J’ai bien besoin qu’il me prenne en charge, qu’il m’aide à bien m’implanter dans ce pays. Il va bien falloir simuler l’amoureuse et la femme parfaite ! ».

  • Monsieur MEFIANT doit jouer son rôle. Après tout, il doit préserver son honneur et celui de ses parents. Il l’accompagnera aux RDV, fournira les documents nécessaires jusqu’à l’obtention du titre du séjour et la mise en place des minima sociaux.

« Mon p’tit doigt me dit qu’elle a des idées derrière la tête. Peut-être qu’elle m’abandonnera pour un autre, j’ose espérer que non ! ».

  • Madame EPANOUIE a dorénavant tout ce qu’il lui faut : les papiers, l’assurance maladie,… Elle a même décroché un travail à temps partiel qui tombe à pic.

« Ce salaire, cumulé aux aides sociales me font du bien ! Quel confort ! Je me ferai belle à présent, je serai tout le temps belle et séduisante. En plus, je vais pouvoir soutenir ma famille en Guinée. J’ouvrirai ce petit commerce pour ma mère, je pourrai acheter les fournitures scolaires et des vêtements à ma sœur. Je suis bien heureuse ! ».

  • Monsieur FURIEUX a bien eu vent des actions faites par Madame au pays. Elle est plébiscitée par les siens. De plus, il assiste malgré lui à cette belle métamorphose de Madame.

« Elle est de plus en plus belle, elle ne me calcule plus. Elle le fait sûrement pour séduire ! Peut-être va-t-elle me quitter ?! Et dans sa famille, ils sont marrants. Ils trouvent qu’elle réalise des choses au pays mieux que moi. Ils oublient juste que mes économies ont servi à financer sa venue ici et que je la prends en charge. Je paie toutes les factures. En plus, elle se permet de garder les aides sociales rien que pour elle. Evidemment, cumulées à son salaire de temps partiel et son manque de participation aux charges de la maison, elle est bien plus riche que moi. Mais ça, c’est fini ! ».

  • Madame EGOISTE ne l’entend pas de cette oreille. Il est hors de question qu’elle participe au paiement des charges.

« C’est lui le mari, c’est lui qui doit payer. C’est la tradition et c’est même la religion qui le recommande ».

Noms d’oiseaux et querelles élisent domicile chez les époux. Des voisins et la police sont parfois invités à la boum nocturne malgré eux. Cette boum est souvent minimisée par ces derniers « Oh il s’agit des mêmes, ils vont se réconcilier incessamment ».

  • Madame DEFUNTE a malheureusement succombé cette nuit. C’était la boum de trop. Cette boum était rythmée par des coups de poings, des coups de pieds, des morsures, des coups de couteaux.
  • Monsieur MEURTRIER est interpellé par les invités habituels, les voisins et la police.

Et c’est ainsi que prend fin cette tragique histoire d’amour pourtant pleine de belles promesses à la base.

Ils n’ont jamais divorcé pour répondre à un idéal de vie de couple. Ils ont été tout le temps ensemble, pour le meilleur et pour le pire jusqu’au jour où LA MORT LES A SEPARE.

Adama Garanké Diallo

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