Ambassade de guinée en france : un voyage au centre du méli-mélo

V ous souhaitez un dépaysement total à moindre coût ?  Préparez votre billet de train/bus/métro/tram et rendez-vous à l’ambassade de Guinée en France. Un vrai casse-tête chinois euh pardon, guinéen car il faut bien rendre à César ce qui lui appartient n’est-ce pas !

Tout ce que je voulais, moi, c’était accompagner ma cousine pour l’aider à obtenir un titre de voyage. A priori, rien de compliqué ! Mais ce n’était pas sans compter sur l’aventure qui m’attendait !

Oui, c’est une démarche à faire en ligne ! Oui, j’ai vu la publicité concernant la plateforme KAIDI, censée faciliter la tâche à tout le monde, Oui, je suis capable de la faire, mais non, je n’ai pas pu la faire en ligne pour des raisons que je tairais ici.

Avant tout d’abord, il faut arriver avant l’heure (jusque-là rien de bien méchant).

Arriver bien avant l’heure vous permet de décrocher le précieux sésame ! Non, il n’est pas comme vous l’imaginez ! C’est un petit Post-it jaune sur lequel est mentionné votre numéro de passage. Le précieux !
Ensuite, vous avez droit à un échauffement de votre système nerveux. L’accueil !

Vous vous attendiez à quoi ? Un beau sportif devant vous, bien musclé qui vous guide de sa belle voix rauque sur les mouvements à faire ? Que nenni !
Un musclé oui ! Mais au menu c’est plutôt du « Pousse-toi ! », « Par là-bas ! », « Non, lève-toi ! », « Assieds-toi ! » Bref, des ordres dignes d’un général de l’armée.

En fait, le précieux n’est pas si précieux que ça. C’est un précieux temporaire puisqu’après il vous faudra le troquer contre le vrai, imprimé sur du papier blanc. Notre numéro de chance était le 11.

Je précise que s’agissant d’un jour ouvré, j’ai prévu en tout et pour tout, 2 heures pour cette démarche administrative.

Après notre installation au forceps sur les beaux canapés beiges, comme dans une salle d’attente chez le médecin, patients que nous sommes, nous attendons. Après tout, qu’avions-nous d’autres à faire ?

Je vais vous dire, je ne sais pas pourquoi, mais ce Général de l’Armée Musclé (GAM) censé gérer l’accueil et installer les gens, ne m’aime pas beaucoup. Suivez le match !

1er round : j’ai répondu à un appel téléphonique, il m’a taclée. « Va communiquer dehors ! »

Bon là, à sa décharge, j’étais une hors la loi. Des affiches sont placardées à chaque coin du mur pour rappeler l’interdiction d’utiliser le téléphone portable. Tout de même, j’aurais préféré qu’il accompagne cet ordre sans appel de deux amortisseurs : un sourire et un svp.

Et puis à ma décharge, les affiches sont en noir et blanc, le support papier A4 est d’un marron ! Normal me diriez-vous, vétusté oblige ! Mais en plus, elles sont déchirées et presque tombantes, repliées sur elles-mêmes ! Mes petits yeux cachés sous mes lunettes ont du pouvoir, mais pas au point de voir ces affiches pas du tout tape-à-l’œil !

Bon, je me reprends, il y a un peu de mauvaise foi là, je l’avoue ! Le bon sens commande toujours de ne pas utiliser le téléphone dans les salles d’attente en public.
1 but pour lui !

Après avoir capitulé, je suis restée dans les rangs, enfin dans les canapés. Du coup, je m’intéressais à ce qui se passait autour de moi.

Un monsieur blanc (oui, je le précise car là on est en territoire noir, en plein seizième arrondissement de Paris) était sagement assis dans le canapé, sans doute perdu dans ses pensées. Il a rapidement émergé de son pays des merveilles car il s’est fait ramener à la réalité par le GAM. « Laisse passer les gens ! ». Le pauvre monsieur a juste pu dire « Ouh la la ! » après un sursaut brusque.

Le service était d’une lenteur indescriptible. Il n’y avait que deux employés dans la salle principale.

Le premier était accroché au téléphone. Je me suis doutée qu’il faisait le standardiste, mais à vrai dire, je me suis demandée s’il ne terminait pas là, sa nuit de sommeil. A chaque fois que je pointais mon regard vers lui, il était accroché à cette ligne pendante.

Le second était le seul chargé de la foule à tickets.

Je me suis dit qu’il fallait bien que je me rende utile ! J’ai alors lancé à la foule un « excusez-moi, svp, afin de gagner en temps, pourriez-vous vous assurer de réunir tous les documents qu’il vous faut y compris les photocopies ? ». Tous me répondirent de concert « mais madame c’est là-bas que ça beug hein ! Ici, nous on a tout ! ».

C’est alors que je me suis approchée gentiment de l’employé (en m’assurant que le GAM ne soit pas dans les parages) pour lui dire que si je pouvais aider en quoi que ce soit, je le ferais volontiers, comme par exemple collecter les documents de la personne suivante à chaque fois.

Il m’a remerciée pour la main tendue (je l’ai trouvé bien poli, j’ai même dû sursauter. En fait, je m’étais préparée au pire) et m’as assurée que je ne pouvais rien faire car c’est la machine qui beug. Là, j’ai compris que le « c’est là-bas que ça beug hein » n’était pas au sens figuré.

J’ai regagné ma place.

Il est 12h30, je crève la dalle. Je ne supporte pas la faim. Je songe à aller manger.

2ème round : je reçois un autre coup de fil et reflexe oblige, je réponds à l’appel. Le GAM a surgi de nulle part et m’a sommée d’aller converser dehors. Non mais c’est à croire qu’il me guettait. Les autres aussi parlent au téléphone et conversent entre eux très fort mais c’est encore sur moi que ça tombe. Récidiviste que je suis, je capitule illico !

2 buts pour lui !

Mon estomac crie famine. D’un pas du tout assuré, je me suis dirigée vers le GAM et lui ai demandé sagement « Monsieur, j’ai besoin de sortir. Pourrais-je entrer par la suite sans problème ? », « Oui » fit-il. Super !

3ème round : au retour, je sonne ou plutôt je toque au portail. Le GAM était de dos. Un jeune homme me répond « C’est fermé ». Le GAM se retourne et me dis, devinez quoi ? « C’est fermé ! » Non mais vous y croyez-vous ? Je rappelle au GAM que c’est lui qui m’a assurée que sortir ne représentait aucun danger pour moi. Et là, coup de bol, après avoir fait la moue, il m’a laissée entrer.

Le vrai coup de poignard dans le dos quoi ! Quelle mauvaise foi, je n’en revenais pas.

1 but pour moi !

Nous continuâmes à faire ce que nous avions de mieux à faire : attendre.

Je m’intéressais de nouveau à ce qui se passait autour de moi. Un monsieur blanc (oui encore un) parlait fort au « guichet visa ». D’après lui, il aurait fait ce qu’il fallait faire, aurait chargé tous les documents requis mais au guichet on lui assurait que rien n’a été fait. Les voix s’élevaient et s’entremêlaient. Waouh, quelle cacophonie ! Le GAM n’était peut-être pas compétent pour régler ce genre de bruits, toujours est-il qu’il brillait par son absence, du moins à mes yeux !

J’entendais une voix aigüe féminine qui traversait la pièce « Monsieur, je ne vous parle plus ! » Sympa ! Le monsieur a fini par baisser d’un ton et a demandé qu’on lui assure que s’il recommençait l’opération le lendemain, il obtiendrait ce visa d’affaires urgent. Ils lui apportèrent une garantie à demi-mot.

Il est 15h, je n’en pouvais plus. Ma journée était morte. Discutant par SMS avec un ami, il me demanda de tenter de m’en sortir à la guinéenne. Les recommandations. Il fallait que je trouve un ami à lui, qui pourrait peut-être me faire passer rapidement. Je n’étais pas trop sûre du coup mais je me suis dit « pourquoi pas ! ». Ça doit être un mode de fonctionnement par ici. Je tentais l’aventure. A peine avoir franchi la porte qui menait vers les bureaux intérieurs que le GAM me barra le chemin. Avait-il lu dans mes pensées ? Comment savoir puisque ces portent mènent également aux toilettes ?!

4ème round : « Que veux-tu ? » Me demanda-t-il ? « Je veux parler à Monsieur X » fis-je presque tremblante. « C’est à moi que tu dois parler ». Vu que j’ai refusé de lui parler, le GAM me somma de rejoindre ma place.

Quel acharnement ! « Méchant monsieur le GAM ! » pensais-je.

J’ai tout de même été rappelée par Monsieur X. Bien qu’il n’ait rien pu faire pour moi, le GAM était vert de rage, il aurait préféré que je reste cloîtrée dans mon fauteuil tel qu’il l’avait ordonné.

2 buts pour moi !

Deux messieurs s’approchèrent de moi me demandant de l’aide pour faire des démarches en ligne. A tour de rôle, je les aidais. Le premier ayant fini est parti. Pendant que j’aidais le second, un jeune homme s’approche de nous et me dit : « Madame, je porte le numéro 7, mais là je pars. S’ils appellent le 7, vous pouvez passer. Soyez vigilante, c’est le numéro 6 qui est reçu en ce moment ».

Voilà une nouvelle qui n’est pas tombée dans l’oreille d’une sourde ou plutôt devrais-je dire, dans les oreilles de sourds.

Je fis signe à ma cousine de s’avancer et en même temps j’entendais « N°7 ! ». J’approchais et devinez quoi ? Le monsieur que j’étais en train d’aider à failli me faire un croche-pied pour passer devant moi. J’ai halluciné ! Je lui ai demandé s’il avait le numéro 7, il m’a répondu que non, mais que de toutes façons, le porteur du numéro 7 est parti et donc il a le droit de se présenter.

J’en ai vu des vertes et des pas mures dans ma vie mais là, je voyais rouge !

Je l’ai donc regardé droit dans les yeux (je ne pense pas qu’il ait eu peur) et lui ai rétorqué que moi aussi j’ai le droit de me présenter et bien sûr je suis passée de force. C’est le milieu qui fait l’homme, c’est comme ça !

« Méchant monsieur ingrat » pensais-je.

Enfin c’était notre tour ! Tout marchait comme sur des roulettes, mais les détails et moi, c’est une grande histoire d’amour.

Au moment de sortir ma carte bleue pour payer les frais, je constate que le montant affiché était de 50€ au lieu des 45€ affichés sur l’écran télé. Peu importe, je n’étais pas à 5€ près et puis, à ce stade, il valait mieux mobiliser mon énergie sur autre chose. Et qu’est-ce que j’ai eu raison ! Devinez qui arrive encore vers moi ? Monsieur le GAM.

5ème round : il s’adresse à ma cousine et lui demande ce qu’elle fait là debout. A noter que des gens debout, il y’en avait pleins dans la salle. C’était la cerise sur le gâteau !

J’ai tout doucement sorti mes griffes et ai parlé au GAM d’un ton ferme et calme. « Ecoutez Monsieur, cela fait 5 fois que vous venez me chercher aujourd’hui. Il est temps pour vous de vous trouver une autre occupation car ma patience a des limites ». Je n’ai pas eu besoin de rajouter grand-chose. Il s’est calmé et a fait du moonwalk, enfin j’aurais aimé qu’il reparte ainsi, mais non ! Il a fait la moue et a murmuré des choses dans sa barbe puis est parti. J’ai rangé mes griffes au calme et comme par hasard c’était la fin de l’histoire.

3 buts pour moi !

Quelle journée ! Un voyage presque gratuit, si proche mais tellement lointain !

Mon petit mot à Monsieur l’ambassadeur :

Monsieur,

  • accueillir les compatriotes avec un sourire, du respect et un minimum de considération apaise les esprits et facilite les choses.
  • Investir dans les équipements qu’utilisent les employés fait gagner du temps et donc permet de réduire les coûts.
  • Prendre en considération les remarques de ses compatriotes permet de s’améliorer.
  • Changer l’image de l’ambassade est une nécessité et une urgence.

 

Très respectueusement vôtre !

Adama Garanké Diallo

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