2020, l’horizon zéro de la jeunesse guinéenne

Les enjeux de société, de démocratie et de développement on atteint un tel niveau de préoccupation en République de Guinée, qu’une certaine jeunesse se résigne à attendre son tour en 2020.

Pourquoi faire donc ? Le bon sens voudrait qu’il s’agisse là, pour la jeunesse du pays, de prendre conscience de sa responsabilité de nouvelle génération aux fins d’agir pour le bien de tous les Guinéens en empruntant des pratiques inspirées de l’intérêt général et de la bonne gouvernance. La réalité est tout autre au demeurant.

La question de la définition de la catégorie de population relevant de « jeunesse » revêt une importance moindre, dans la mesure où, très souvent, on se considère jeune en Guinée au-delà de tout critère objectif ressortissant de standards internationaux de catégorisation de la population. La question de la définition évacuée, il importe d’interroger quelques évidences.

La nécessité de renouvellement de la classe politique

Les principaux acteurs de l’environnement politique guinéen se situent dans des classes d’âge qui oscillent entre 60 et 65 ans, voire plus. Est-ce à dire qu’ils sont trop vieux pour la tâche et incapables intellectuellement de concevoir et appliquer des projets de société novateurs ? Le jeunisme à tout prix n’est vraiment pas le propos, mais l’on peut aisément s’interroger sur l’aptitude d’une génération de septuagénaires nés aux lendemains de l’indépendance du pays à saisir les aspirations d’une population, d’une jeunesse qui ne peut plus se satisfaire du culte de la personnalité.

L’enrichissement personnel et la confusion entre les biens publics et ceux des préposés de l’état ne s’accommodent que très peu avec l’idée de la primauté de l’intérêt général dans une société démocratique. Les anciens, comme on les appelle, ne semblent avoir plus rien de consistant à proposer au peuple pour amorcer le nécessaire développement social et économique de la Guinée.

C’est donc plus une question de mentalité que d’âge, plus une question de changement des pratiques que de génération. D’ailleurs, il ne peut être contesté que le gouvernement actuel du Professeur Alpha Condé comporte un bon nombre de ministres « dits jeunes » entre la trentaine et la quarantaine, dont la nomination dénote de la volonté affichée du chef de l‘Etat de mettre la jeunesse à l’épreuve de l’action gouvernementale. Pour diverses raisons, l’arrivée massive des jeunes dans les différents gouvernements du Professeur Alpha Condé ne semble pas avoir donné au pays l’élan requis pour le développement social et économique. La preuve, s’il y en avait besoin, qu’être jeune ne suffit pas  à l’épreuve.

 Une jeunesse en rang dispersé pour 2020

Comme indiqué ci-avant, l’année 2020 n’est que l’horizon qu’une certaine jeunesse guinéenne voudrait s’imposer comme point de départ d’un nouvel élan pour la Guinée. Dans cette conception, la plupart des acteurs politiques actuels seraient à la retraite et laisseraient « la place » à une nouvelle génération décomplexée, mieux formée et à même de faire de la bonne gouvernance une réalité.

A y voir de près, l’équation semble moins évidente suivant les profils de jeunes qui s’expriment le plus souvent à travers les nouvelles technologies de l’information. Les réseaux sociaux son en effet un baromètre social qui permet de distinguer, entre autres, deux groupes « de jeunesse » face aux enjeux de développement et désireux de prendre la relève.

Il y a tout d’abord une catégorie de jeunes qui se contenteraient bien de sa participation à la direction actuelle du pays ou à des postes de responsabilité permettant à la fois de pérenniser le système fondamentalement corrompu et de compromission, et de continuer à jouir de leurs privilèges acquis au-delà de 2020. Cette jeunesse à l’avantage de s’intéresser à la chose publique, mais elle se sent peu concernée par l’idée d’une justice sociale dans le pays, d’une réduction de la disparité entre ceux qui peuvent s’offrir les biens de première nécessité, accéder aux soins de santé de qualité et la majorité des Guinéens dont le quotidien est fait de privations de  toutes sortes.

 Un second groupe de « jeunes » que l’on peut grossièrement qualifier de révolutionnaire, pourrait jouer un rôle plus conséquent en faveur du développement plus harmonieux du pays, parce que plus sensible à l’intérêt général. Cette jeunesse est souvent issue de la diaspora, tout aussi qualifiée que le premier groupe mais ayant la particularité d’être financièrement moins dépendante parce que peu concernée par le taux de chômage endémique dans le pays. Ce groupe a cependant la faiblesse de se tenir loin du système de gouvernance, pour ainsi dire loin des enjeux, distillant çà et là des critiques souvent fondées mais impuissantes à changer le quotidien des populations dont il revendique la défense des intérêts.

Le constat est d’autant plus amer que la souffrance des Guinéens, délaissés par l’autorité à l’insécurité alimentaire, au manque de soins médicaux accessibles et adéquats, ne connait ni accalmie ni horizon.

L’avenir de la Guinée c’est avant, pendant et après 2020.

 Titi Sidibé

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